Sur Pueblerina, Adriana Lucía chante les villages de Colombie

Sous la poussière chaude de Córdoba, en Colombie, pas besoin de grands refrains, ni de mélodies fabriquées dans les bureaux climatisés de l’industrie musicale d’Amérique latine. “Pueblerina” de Adriana Lucía arrive avec l’odeur des marchés, des routes mangées par le soleil, des fêtes de village où les enceintes saturent pendant que les politiciens promettent encore des lendemains propres avec des chemises sales.

Adriana Lucía connaît cette matière-là. Depuis plus de vingt-cinq ans, elle navigue entre porro, vallenato, champeta et cumbia, jusqu’à forger la dedans son propre son, sa propre musique, son fameux “Porrock”. Elle travaille ses chansons comme on travaille une terre difficile, avec patience, observation et mémoire. Même quand elle écrit pour des machines de l’industrie comme Marc Anthony ou Paulina Rubio, il reste chez elle cette manière de faire entrer, sobrement, simplement, naturellement, la rue, la campagne et les voix ordinaires dans la musique.

“Pueblerina” repose justement sur cette reprise de pouvoir. Le mot “pueblerino”, souvent utilisé pour réduire les gens des petites villes à une forme de retard social ou culturel, Adriana Lucía le ramasse dans la poussière et le remet debout. Les instruments et les rythmes traditionnels viennent prendre leur place dans une construction plus moderne, plus pop

Et puis il y a cette voix. Ce petit voile. Adriana Lucía ne force pas, ne fait pas dans le surjeu dramatique, pas de gymnastique vocale. Elle chante comme certaines femmes racontent leur vie sur le pas d’une porte à la tombée du soir, avec calme, ironie parfois, mais sans jamais retirer la lame cachée dans les mots.

Le clip, tourné entre Lorica, Nariño et Mata de Caña, refuse lui aussi la mise en scène folklorique facile. Adriana Lucía ne se place pas au-dessus des gens qu’elle chante. Elle reste dedans. Dans les rues, dans les corps fatigués, dans les gestes ordinaires. Et ça change tout. Beaucoup d’artistes utilisent leurs racines comme un accessoire esthétique. “Pueblerina”, elle, parle de la campagne comme d’une source, comme d’une ressource, une nourriture, une musique, une poésie, la survie. Une différence énorme. Une différence que l’on entend immédiatement.

Adriana Lucía « Pueblerina » :

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