Et pendant ce temps dans le reste du monde #290

Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !

Florian Hope “Baby, Bon Sol” // Suède

Une house old-school souple, une indie dance lumineuse, des grooves qui avancent sans forcer… le producteur suédois Florian Hope a compris que l’été n’a pas besoin d’être expliqué. Il suffit d’un rythme bien placé, d’une basse qui respire, de quelques nappes baignées de chaleur, et soudain les rues changent de texture, les fenêtres s’ouvrent plus vite, les journées s’étirent sans raison valable. “Baby, Bon Sol” capte précisément cet instant fragile où la légèreté redevient crédible.

Nanaco Sato “A Rolling Stone From Heaven” // Japon

“A Rolling Stone From Heaven”, enregistré en 1996 au mythique studio Maison Rouge, le morceau réunit la voix presque irréelle de Nanaco Sato et la guitare du regretté John Renbourn dans une sorte de dialogue spectral où folk psychédélique, poésie improvisée et free jazz avancent de paire. Ce qui frappe surtout, c’est cette absence totale de calcul, la voix flotte, murmure, vacille parfois, pendant que la guitare de Renbourn tourne autour d’elle avec une élégance hantée. “A Rolling Stone From Heaven” donne l’impression d’écouter une rencontre qui n’aurait jamais dû exister, et c’est précisément pour ça qu’elle touche aussi juste.

Drew Rath « in pursuit » // Cambodge

Drew Rath appartient à cette génération d’artistes qui portent plusieurs géographies dans leur corps. Né au Cambodge, adopté puis élevé dans le Massachusetts, il construit sur “In Pursuit” une musique hantée par le déplacement, la mémoire et cette sensation étrange de courir après quelque chose dont la forme reste floue. Le morceau avance… beat hypnotique, tension contenue, mélodie qui refuse l’explosion facile pour préférer une lente montée émotionnelle. Sa voix flotte entre fragilité et urgence nerveuse, avec cette manière très précise de laisser les fissures apparaître sans jamais sombrer dans le misérabilisme performatif.

Ted Ganung, Jah Bami, Azizzi Romeo, Isaac Faith “Tides of Reasoning Medley Mix » // USA, Trinidad, Jamaïque

Avec “Tides of Reasoning”, Ted Ganung nous concocte ici un petit medley mix qui avance tout en douceur, porté par une pulsation reggae souple, presque cotonneuse. Et, très vite, le morceau glisse vers autre chose, une musique métisse qui oscille naturellement entre les rythmes jamaïcains, la chaleur soul et certaines textures R&B venues du continent américain. On pourrait même parler d’une sorte de Motown du reggae, tant la basse, les harmonies et les voix semblent dialoguer dans un même mouvement organique. Jah Bami, Azizzi Romeo et Isaac Faith viennent chacun habiter ce groove hypnotique avec leur propre énergie, sans jamais casser l’équilibre du riddim.

Bear Garden « We Are All » // Suède

Le titre s’ouvre avec un break de batterie souple, presque nonchalant, avant de laisser le saxophone prendre possession de l’espace avec cette chaleur un peu rugueuse qui rappelle autant le jazz spirituel que certains détours downtempo plus nocturnes. Entre hip hop ralenti, chœurs gospel diffus et contrebasse tendue, “We Are All” avance sans démonstration inutile, porté par une vraie science du groove et du détail. Rien ne déborde, rien ne cherche à impressionner à coups d’arrangements hypertrophiés. Le morceau respire, laisse les textures se répondre, les instruments se frôler, pendant que le saxophone revient régulièrement remettre un peu de fièvre dans cette élégance très maîtrisée. Avec « We Are All », le groupe suédois Bear Garden réussit à produire un morceau qui a du souffle, du mouvement, une tension discrète, et une vraie profondeur.

Alden Hellmuth « Face The Wall » // USA

Ils y a ceux qui font du jazz avec soin, et précaution… puis il y a Alden Hellmuth, qui préfère le jeter contre les murs pour voir ce qu’il reste. Sur “Face The Wall”, la saxophoniste new-yorkaise mélange punk, improvisation libre et tension noise avec une brutalité remarquablement contrôlée. On entend l’ombre nerveuse de Deerhoof et l’énergie désaxée de Otoboke Beaver, mais sans jamais tomber dans le simple exercice de citation. Le morceau avance par secousses, et au milieu de ce chaos savamment organisé, le saxophone d’Hellmuth surgit avec une urgence presque animale. “Face The Wall” rappelle que la musique expérimentale peut encore être dangereuse, tendue, et imprévisible.

Gigi Testa « Oriental Express » // Italie

Dans son « Oriental Express »,le producteur napolitain Gigi Testa construit une montée lente, hypnotique, où les percussions voyagent entre pulsations globales et électronique futuriste sans jamais tomber dans la caricature. Tout avance par couches, rythmes solides, mélodies qui s’enroulent progressivement autour du corps, textures chaudes traversées par une vraie science du dancefloor. Derrière le morceau, on sent surtout des années passées à écouter, mixer, fouiller, comprendre comment certaines traditions rythmiques peuvent dialoguer naturellement avec la musique club sans perdre leur âme en chemin. “Oriental Express” fonctionne ainsi comme une traversée nocturne élégante, ouverte, collective, où Gigi Testa refuse les frontières trop propres entre house, cosmopolitisme et transe.

F/i « Untitled IX » // USA

Il fut un temps où l’underground américain avançait encore sans mode d’emploi, porté par des types qui préféraient les fréquences instables aux postures bien calibrées. Richard Franecki faisait partie de ceux-là. Avec F/i, il bricolait une musique suspendue entre les débris du punk, les hallucinations kosmische et les pulsations industrielles de Throbbing Gristle, pendant que d’autres cherchaient déjà à rendre le chaos plus présentable. “Untitled IX” donne l’impression d’ouvrir une vieille bande magnétique abandonnée dans une station spatiale désertée, drone qui bourdonne, souffle spectral, structures mouvantes qui refusent obstinément de se fixer. Rien ici ne cherche l’accroche immédiate. Le morceau préfère installer une tension lente, presque hypnotique, où le space rock se dissout dans une brume industrielle.

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