Neram Pularumbol, la déconstruction rituelle de Sunken Cages

Il est des disques qui se contentent de caresser l’oreille dans le sens du poil, et puis il y a Neram Pularumbol (As The Dawn Breaks), qui arrive comme un coup de poing sonore, une gifle rythmique venue d’un ailleurs que l’on croyait connaître. Ravish Momin, le cerveau derrière Sunken Cages, n’a pas simplement enregistré un album. Il a entrepris de déconstruire nos certitudes, de pulvériser la notion même de fusion pour lui substituer une création singulière.

Pour ce faire, cet homme, qui a passé vingt ans à marier les percussions folkloriques indiennes aux systèmes électroniques les plus sophistiqués, a brisé un des derniers tabous de la production moderne. Là où la plupart des producteurs utilisent la machine comme un simulacre de la batterie acoustique, Momin fait le chemin inverse. Il construit ses kits électroniques à partir d’instruments réels – le tavil, l’idakka, ce tambour que l’on dit être « l’instrument de Dieu » – et contraint la technologie à s’adapter à eux, et non l’inverse . Le résultat est d’une consistance et d’une tangibilité rare, une matière brute et viscérale qui semble transpirer l’effort et la sueur, comme lors de ses performances live où il jongle entre pads, samples et logiciels telle un équilibriste de cirque .

Ce n’est pas de la musique du monde réchauffée aux synthétiseurs. C’est une musique de club global, déconstruite, hantée par des drones industriels et des voix venues des profondeurs de l’Indonésie ou d’Afrique du Sud. L’album, qui succède à un premier opus chez On The Corner, est aussi un acte politique. En évoquant la « resynthèse » comme métaphore, Momin nous dit que la culture n’est pas un musée poussiéreux, mais une matière vivante et malléable . Une position qui le place en équilibre instable, trop dansant pour les puristes du folk, trop folklorique pour les fanatiques du rave, et pourtant, c’est là que réside sa force.

La liste des invités est à l’image de cette vision : kaléidoscopique. La voix de Rani Jambak sur « Athiraavile » semble surgir d’un rituel ancestral . Le remix de Kush Arora accélère le tempo jusqu’à une frénésie presque footwork. Mais c’est l’intervention de l’artiste gabonaise-singapourienne Masma Dream World qui retient particulièrement l’attention. Son remix du morceau « Kerala » est une plongée cinématographique, un vortex de sons étranges et de voix spectrales qui infiltrent la pulsation originelle du kick drum pour lui donner une dimension presque mystique . L’album est un navire amiral, et chaque remixeur, de Weldroid à Lila Tirando a Violeta, en est un officier qui tire le vaisseau vers des eaux inconnues. À l’écoute, on a l’impression de danser dans le club le plus futuriste du monde, mais le sol est couvert de paille et l’air embaume les épices. C’est une expérience qui transcende la simple écoute pour devenir une véritable odyssée sensorielle.

Sunken Cages Neram Pularumbol (As The Dawn Breaks) :

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