Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !
Drama Dolls « Oh Hell No » // USA
Les Drama Dolls ne font pas dans la dentelle, elles la déchiquètent. Avec « Oh Hell No », le trio punk propulse une charge politique qui n’a rien à envier aux meilleurs coups de gueule de l’histoire du rock, un manifeste en moins de deux minutes où les guitares crépitent comme des flammes et où la rythmique s’enfonce dans des abysses plus sombres, le tout saupoudré d’un extrait du discours de Shirley Chisholm qui donne des frissons. Parce que oui, on peut scander des « fuck your prejudice » avec une élégance vénéneuse et une classe folle, et c’est exactement ce que ces trois femmes, qui balancent l’âge et les convenances par-dessus bord, nous offrent ici, une bande-son pour ceux qui en ont marre de ronger leur frein, une démonstration que la révolte peut être diablement catchy sans jamais perdre sa rage, et un « oh hell no » qui résonnera bien au-delà des enceintes comme un pied de nez définitif à la médiocrité ambiante.
Screen Pink « Continuous Disaster » // Allemagne
Screen Pink, c’est ce genre de joli crash qui n’arrive pas par hasard… un disque dur qui rend l’âme dans un écran rose, et deux musiciens de Nuremberg, Liane Mair et Florian Helleken, qui transforment le deuil des données en départage nerveux. Avec « Continuous Disaster », ils ne pleurent pas leurs chansons avalées, non, ils inventent un post-punk répétitif, tendu comme un fil qu’on ne coupe pas, où la panique devient moteur, où la fuite à vélo n’est pas une échappée mais une promesse de retour, et où l’angoisse, au lieu de paralyser, finit par se muer en cette petite phrase sèche et définitive : « They don’t know what I can do, but they’re gonna see. » Rien d’une complainte, tout d’une pression qui monte, guitares anguleuses et production brute, jusqu’à ce que l’accident initial se révèle être, finalement, la seule façon cohérente de commencer.
Brendan Angelides « I’m Afraid Of Americans (feat Serj Tankian) » // USA, Arménie
Brendan Angelides, l’architecte sonore qui a façonné les textures de 13 Reasons Why et Billions, pose aujourd’hui ses valises sur le tarmac de l’anxiété contemporaine. Il s’empare du classique paranoïaque de Bowie, « I’m Afraid Of Americans », le vide de son spleen industrialo-rock pour y insuffler une nervosité électronique plus insidieuse, presque enfantine – aidé en cela par les chuchotements de ses propres jumeaux de six ans. Serj Tankian, voix de la révolte métal, pose son timbre unique sur cette relecture, transformant la peur de l’Oncle Sam en une angoisse plus vaste, plus existentielle. Le clip, mosaïque d’archives pixellisées, achève de brouiller les pistes entre l’innocence perdue et un futur qui se dérobe, le tout annonçant un album, Can You Feel The End Begin?, qui promet d’être une radiographie de notre époque crépusculaire.
Patch_t41b « Forget You Know Me » // UK
Sur ce disque, on ne raconte pas une histoire, on l’écoute s’effilocher en direct. « Forget You Know Me » de Patch_t41b, c’est le cœur du dispositif, un morceau qui ne cherche pas à vous convaincre mais à vous laisser sur le pas de la porte, les bras ballants, à attendre une réponse qui n’arrivera jamais. La boucle est un piège, la contrebasse un souffle, la batterie un tic-tac de métronome détraqué par le doute : tout est là, en apesanteur, comme une phrase qu’on commence sans savoir comment elle finira. La machine écoute, elle répond, elle déforme, et les musiciens, eux, improvisent dans ce champ de mines sonore avec une élégance de funambule, jouant le vide pour mieux le peupler de ce qui manque. Pas de pathos, pas de certitude, juste un geste artistique d’une propreté rare, qui vous prend par la nuque et vous force à regarder le silence en face, sans le remplir.
Manon Mullener « Party – Live at Cully » // Suisse
Ce n’est pas souvent qu’on vous partage des lives sur cette page, mais là, il nous fallait dire un mot de la petite « party » donnée par la pianiste suisse Manon Mullener et ses musiciens sur la scène du prestigieux Cully Jazz Festival. Pendant un peu plus de 7 minutes pour la vidéo, et un peu plus pour ceux qui ont pu assister au concert, la pianiste et ses acolytes distillent un jazz brillant et festif dans lequel s’invitent le montuno et des influences salsa.
Bajune Tobeta Anechoic // Japon
Le temps n’est plus à l’écoute, mais à l’écoute de ce qui se tait. Avec Anechoic, Bajune Tobeta ne compose pas des morceaux, il creuse des chambres. Il isole le son de son propre reflet, comme on enfermerait un souvenir dans une pièce sans écho, pour voir ce qui, du silence, finit par remonter à la surface. On y croise Satie en apesanteur, Fennesz en passager transocéanique, et cette mémoire de Sakamoto qui vibre encore, non pas en note tenue, mais en réverbération fantôme. L’album est un objet flottant entre deux mondes, entre la densité électrique de Tokyo et ce royaume intérieur dont Murakami a tracé les murs. Tobeta, lui, n’a pas choisi : il a simplement ouvert la porte, et laissé le silence faire son bruit.
Joaquín Cornejo x Haunted Water « Tuneles (Remix by Haunted Water ) » & « Nocturno » // Equateur, Allemagne
Nous clôturons cette sélection de ce qui nous a plu, ailleurs dans le monde, avec le producteur allemand Tilmann Eimicke, qui répond au doux nom de Haunted Water. Dans son dernier remix, il a décidé de marcher dans les pas du producteur équatorien Joaquín Cornejo et de son titre « Túneles ». Préparez-vous à pénétrer un tunnel musical qui allie le caractère organique de la house sud-américaine aux saccades plus tourmentées du vieux continent. Et le producteur allemand continue encore plus loins l’experience sud-américaine avec un « Nocturno » qui abandonne presque ses atours éléctroniques, pour embrasser l’ambiance au coin du feu, une nuit, à la belle étoile, près d’une hacienda mexicaine !
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