Quand Nana Osei Twum Barima dialogue avec ses ancêtres

Quand le musicien ghanéen Nana Osei Twum Barima sort un morceau baptisé « Message to My Ancestors », forcément, le doigt part vers “play” avec déjà quelques images en tête. Quelques attentes aussi. Peut-être même des clichés. Oui, parce qu’un titre pareil sent presque le communiqué de presse parfumé au bois sacré, ancêtres, transmission, racines, poussière rouge et sagesse proverbiale… sont attendus au coin du disque. Et si, comme beaucoup, l’idée était de tomber sur un morceau nourri au highlife classique, suspendu aux cordes d’un kologo ou bercé par le frafra gospel, alors il faut préparer ses oreilles à une légère embuscade. Une bonne embuscade, de celle qui déplace le décor.

Car Nana Osei Twum Barima prend précisément le contre-pied de cette carte postale attendue. Bien sûr, sa voix porte encore cette manière de flotter propre à certaines traditions highlife et palmwine, une diction souple, fluide et enjouée. Mais autour de cette voix, tout se dérobe. Les rythmes de chasseurs, les motifs akans et le seperewa — cette harpe-luth ghanéenne qu’il transporte comme un héritage familial — viennent se cogner au blues râpeux du vétéran belge Roland Van Campenhout et à la sitar hypnotique de Nicolas Mortelmans.

“Message to My Ancestors” ne cherche pas la fusion pour la fusion, ou à embellir la tradition ; elle la questionne. Le morceau part d’une idée presque brutale dans sa simplicité : devenir adulte est une arnaque mal expliquée. Enfant, on imagine l’autonomie comme une délivrance. Puis viennent les loyers, l’exil, le doute, les responsabilités qui tombent dessus comme une pluie belge en novembre. Alors Nana écrit à ses ancêtres comme on laisse un message vocal : “C’est donc ça la vie ? Pourquoi personne n’avait prévenu ?”

Derrière cette interrogation, il y a aussi le parcours d’un homme qui a quitté le Ghana pour la Belgique avec peu de certitudes, sinon celle de devoir construire quelque chose loin de chez lui. Son futur album, Journey to the Unknown, porte d’ailleurs parfaitement son nom. On entend dans ce morceau la solitude des départs, mais aussi cette manière très ghanéenne de continuer à parler avec les morts comme s’ils occupaient encore une chaise dans la pièce.

Le plus beau reste peut-être cette tension permanente entre enracinement et déplacement. La musique d’Nana Osei Twum Barima ne cherche jamais à “moderniser” les traditions ghanéennes pour les rendre consommables. Elle les laisse vivre, voyager, se nourrir un peu au contact d’autres manières de faire, d’autre manières de voir le monde et de le mettre en musique, celles du blues européen et des cordes hindoustanies. Des langues et des vies, des époques et des géographies, qui se croisent et se mêlent.

Nana Osei Twum Barima “Message to My Ancestors” :

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