On vous en avait parlé il n’y a pas si longtemps, à l’occasion de la sortie de son titre « Question to my Ancestors ». Et voilà que l’artiste ghanéen installé en Belgique, Nana Osei Twum Barima, est déjà de retour dans nos colonnes pour la sortie de son disque, Journey to the Unknown. Héritier d’une lignée de musiciens, maître du seperewa – cette harpe-luth traditionnelle –, il est aussi chanteur, percussionniste et danseur. Publié sous le label Zephyrus, ce premier album puise sa sève dans une blessure fondatrice : la perte de son père alors qu’il était encore jeune.
Quel titre, d’ailleurs ! Derrière celui-ci transparaît à la fois la souffrance et l’excitation de celui qui s’est exilé dans des contrées lointaines, celui à qui la terre natale manque, et qui pourtant, chaque jour, vit l’émerveillement d’en découvrir de nouvelles. Transparaît aussi, derrière ce voyage vers l’inconnu, ce sentiment de voir la pratique des traditions séculaires évoluer, devenir autre chose. C’est donc en témoin, mais aussi en acteur de toutes ces transformations, que se pose Nana Osei Twum Barima sur cet opus qui regarde droit vers l’inconnu.
Sur le fond, mais aussi sur la forme, le musicien explore et expérimente sans filet. Il transforme le highlife en oraison mystique, convoque des prières indiennes, invite des instruments venus d’un Orient lointain, et les fait cohabiter avec les harpes et les kologos ghanéens. Il n’hésite pas non plus à inviter le spleen du blues pour accompagner la mélancolie de ses litanies. Pour l’épauler dans cette quête audacieuse, il s’est entouré de complices de choix : Nicolas Mortelmans, Kaito Winse, Lara Rosseel, Roland Van Campenhout, ainsi que son oncle, Osei Korankye. Des morceaux comme « Until When », « Belgium and Rain », ou l’hypnotique « Question to my Ancestors », explorent avec une sincérité désarmante l’identité, la foi, l’écologie et la persévérance.
Quel titre, certes ! Mais surtout, quel disque ! Sans se risquer à un banal « entre tradition et modernité », il faut bien avouer que Nana Osei Twum Barima nous perd un peu dans la catégorisation de ce disque. Est-ce de la musique traditionnelle ? Une expérimentation résolument moderne ? En tout cas, ce voyage, ce Journey to the Unknown, n’est certainement pas une de ces fusions tristes et tièdes. C’est un disque qu’il convient de soigner, d’écouter d’une traite, du début jusqu’à la fin, pour en saisir toute la profondeur. Et comme le disait un sage ivoirien : « On ne sait pas où on va, mais on y va quand même, et ça va aller ! ».
Nana Osei Twum Barima Journey to the Unknown :
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