C’est vrai que lorsqu’on parle de musique sud-africaine, les conversations tournent souvent autour du rap, du gqom, de l’amapiano, parfois du kwaito, ou même du mbaqanga pour ceux qui aiment montrer qu’ils ont révisé leurs fiches Wikipédia avant d’ouvrir la bouche. Mais le folk ? Le vrai folk, celui des guitares acoustiques, des silences poussiéreux et des voix qui donnent l’impression d’avoir dormi plusieurs nuits dans des motels… Celui des guitares acoustique, des brins de blés au coin de la bouche, et des paysages qui s’étirent, sauvages, en arrière plan… Étrangement, presque personne n’en parle.
Et pourtant, il y a là-bas une scène folk d’une élégance discrète, une musique qui préfère les blessures lentes aux grands effets de manche. On avait déjà croisé ce genre de sensibilité chez Lucy Kruger ou Sean Koch, et voilà maintenant qu’Akeeda débarque dans nos pages avec sa chanson “Expiry”.
Faut dire que c’est beau. Vraiment beau. Pas ce “beau” de publicité, un peu trop soigné, un peu trop parfait… non. Un beau usé, fragile, humain. Soutenue par la guitare d’Andre Williams, moitié du duo, Akeedah Keet chante comme quelqu’un qui essaye de rester digne alors que tout commence à se fissurer autour d’elle. Sa voix flotte entre la confession et l’épuisement nerveux. Il y a dans son timbre quelque chose de ces personnages de roman, des gens fatigués de comprendre trop tard, des gens qui regardent l’amour se décomposer avec encore assez de lucidité pour décrire l’odeur.
“Expiry” raconte exactement ça, le moment où deux existences continuent de se toucher alors qu’elles ont déjà commencé à partir dans des directions opposées. Cette seconde horrible où quelqu’un parle de son avenir avec enthousiasme avant que l’autre réalise qu’il n’y figure déjà plus. Pas de cris. Pas de portes qui claquent. Juste cette violence calme des séparations modernes, celles qui se passent dans des appartements silencieux, entre deux tasses froides et des rêves devenus incompatibles.
Et puis il y a cette production dépouillée, chaude sur les bords, qui laisse suffisamment d’espace pour que chaque mot respire. La musique semble presque prendre soin de la blessure qu’elle ouvre. Comme une main posée sur une côte cassée. “Expiry” ne cherche jamais à impressionner. Le morceau préfère murmurer. Et parfois, les murmures restent plus longtemps dans le crâne que tous les hurlements, ou tous les log drums, du marché musical actuel.
Akeeda « Expiry » :
Si vous avez apprécié le contenu de cet article sur « Expiry », le dernier titre du duo sud-africain Akeeda, n’hésitez pas à visiter, et à nous suivre sur nos réseaux et a y réagir, et pourquoi pas même nous encourager d’une petite mention « j’aime ».
