Et pendant ce temps dans le reste du monde #288

Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !

Wonderfun « Hometown Song » // Suède

L’artiste suédois Wonderfun s’inscrit dans cette lignée de chanteurs pop qui racontent vraiment quelque chose, qui ont un petit quelque chose de conteur en eux. Difficile, en écoutant “Hometown Song”, de ne pas sentir cette chaleur douce-amère, ce parfum de nostalgie qui s’accroche, difficile de ne pas penser aux Beatles pour le sens presque insolent de la mélodie simple, ou à Benjamin Clementine pour ce goût du théâtral. Wonderboy, cerveau du projet, fait mieux que recycler ses influences, il les digère, les tord, les fait dialoguer avec une modernité à la Weezer ou Rex Orange County, pour accoucher d’un morceau qui avance à contre-courant. Ici, pas de fantasme d’évasion facile, mais une exploration presque têtue de ce que signifie rester, accepter, apprivoiser l’endroit d’où l’on vient.

Sagor Som Leder Mot Slutet IV // Suède

On reste en Suède, mais on change radicalement d’ambiance avec Sagor Som Leder Mot Slutet, oui, le nom sonne comme une incantation un peu barbare, mais en fait il signifie simplement en suédois “les contes qui mènent à la fin”. Tout est déjà là. La promesse comme la sentence. Et la musique suit la même trajectoire : au premier contact, ça râpe, ça gronde, ça flirte presque avec les ombres du black metal, mais en creusant, on découvre un metal progressif d’une précision presque géologique, stratifié, patient, qui avance par couches, par pressions successives, jusqu’à vous enfoncer lentement vers le centre de la terre. Avec IV, Sagor Som Leder Mot Slutet ne change pas de cap, ils l’alourdissent. Plus de masse, plus de gravité, mais toujours cette manière presque perverse de mêler la caresse à l’impact, la fragilité à l’écrasement. Instrumental, donc sans filet narratif évident, le disque impose pourtant une histoire, une vraie, faite de roches, de racines, de magma et de silences tendus, où chaque morceau agit comme un chapitre qu’on ne comprend pas tout de suite mais qu’on ressent immédiatement.

Lavelles “And I Roll” // USA

“And I Roll” de Lavelles s’ouvre sur des guitares noyées de reverb, presque poisseuses, avant qu’une voix râpeuse ne vienne poser le décor, quelque part entre nonchalance lucide et envie d’en découdre. Il y a dans ce morceau une vraie odeur de décadence, celle des nuits trop longues, des clubs qui ferment mal, des silhouettes qui traînent encore quand la lumière revient. L’ADN punk et post-punk est partout, dans cette tension permanente, dans ces riffs qui tournent en boucle et s’accrochent comme un réflexe, mais sans jamais tomber dans le pastiche. Lavelles pioche clairement dans le rock des années 80, ce mélange de crasse et de mélodie, de désinvolture et de précision, mais le groupe garde assez de nerf pour que ça ne sonne pas comme une archive. Tout est resserré, efficace, presque évident. Un morceau qui avance droit, avec ce qu’il faut de saleté et de style pour rappeler que le rock, quand il est bien fait, reste une affaire de sensations avant tout.

Flem l’Éveil // France

Le rappeur français Flem réussit ce tour de force assez culotté de mettre Claude Nougaro au pas sur une prod drill, tout en convoquant, presque l’air de rien, Salif Keita et l’Orchestra Baobab ! L’exercice pourrait sentir le collage un peu gratuit, mais il tient debout, et même plutôt bien. Ce morceau s’inscrit dans l’Éveil, son nouvel album, récemment défendu en live à Aulnay. Le disque fait la part belle au rap, aux mots qui claquent et aux rimes qui s’étirent, sans jamais perdre de vue cette présence africaine diffuse mais insistante. Elle s’entend dans les invités, comme Ladj et Manda Sira, dans les nappes de kora qui l’habillent, et dans ces références qui l’habitent.

Chukku ft. Diva Li « What Do You Like » // Allemagne, Chine

À une époque où tout va trop vite, où tout s’accélère jusqu’à l’indigestion sonore, Chukku débarque avec un “What Do You Like” qui a l’élégance rare de ralentir le jeu : poser la bonne question, certes, mais surtout prendre le temps d’installer son décor, de faire respirer son beat, de laisser infuser ses vibes afrohouse sans jamais céder à la précipitation. Depuis Bali, dans cet Aya Studios devenu presque mythologique, il sculpte un groove qui avance avec intention, percussions superposées, basse mélodique qui serpente et tient tout le morceau par la main, nappes qui s’ouvrent comme une nuit moite sur un dancefloor qui refuse de s’éteindre. Et puis il y a Diva Li, qui ne vient pas faire de la figuration mais habiter le morceau, s’y fondre avec une précision presque insolente, transformant cette question faussement légère en dialogue sensuel entre voix et production. Ici, pas de drops racoleurs ni de dramaturgie forcée, tout se joue dans la continuité, dans ce flux maîtrisé qui préfère la transe lente aux effets faciles. Entre afro, tribal et deep house, Chukku ne cherche pas à impressionner — il installe, il creuse, il laisse venir.

Pavel Doronin Dill // UK

On a tous connu ce moment un peu traître : on est là, distrait, et puis une odeur surgit, s’infiltre, insiste — et soudain ce n’est plus une simple effluve, c’est un tunnel, une projection brutale vers un souvenir parfaitement découpé, presque tactile. C’est exactement le piège dans lequel est tombé Pavel Doronin, en pleine course banale, quand l’aneth lui a sauté au visage : d’un coup, la cuisine maternelle, l’enfance, le temps suspendu. De cette collision sensorielle naît Dill, un EP court mais dense, qui ne cherche pas à impressionner mais à s’infiltrer — trois pièces construites à partir de bruits domestiques, de field recordings et de synthés vintage des années 80 volontairement floutés, comme des souvenirs mal fixés. Doronin dissèque la mémoire, il la ralentit, il la rend presque inconfortable dans sa précision émotionnelle.

L’Antidote « Dans un rêve » // France, Liban, Albanie, Iran

Avec “Dans un rêve”, L’Antidote ne vend pas une utopie naïve, mais esquisse un territoire fragile où l’idée de paix tient encore debout. Derrière ce titre, un trio particulièrement affûté, Iran, Liban, Albanie en filigrane, Bijan Chemirani, Rami Khalifé, et Redi Hasa, derrière les instruments. Un trio qui réussit à faire dialoguer ses héritages sans jamais forcer le trait, chacun distillant son savoir-faire avec une précision presque invisible. Piano, violoncelle et percussions s’entrelacent dans une matière sonore suspendue, lumineuse sans être décorative, où chaque note semble porter un peu de mémoire et beaucoup de retenue. Il y a quelque chose de cinématographique, oui, mais sans grandiloquence, plutôt une suite de tableaux intérieurs, traversés par des histoires lourdes mais jamais écrasantes. Le morceau annonce une bande originale liée à l’univers Giorgio Armani.

Jane Katz Trio « Enjoy the Silence » // USA

De Kim Wilde à Nada Surf, en passant par Lacuna Coil, et bien d’autres artistes, nombreux sont ceux qui se sont aventurés, avec plus ou moins de succès, sur le célèbre titre de Depeche Mode, « Enjoy the Silence ». Aujourd’hui, c’est au tour de Jane Katz et de son trio de s’emparer de ce classique pour le réinventer à leur manière, le transporter dans leur univers, dans un univers qui érige un New York rétro, baigné dans une atmosphère de piano jazz enfumé.

… n’attendez plus pour faire ce que vous voulez faire, et suivez-nous sur nos réseaux !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.