Et pendant ce temps dans le reste du monde #289

Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !

Drama Dolls « Robot » // USA

“Robot” de Drama Dolls, c’est une pure décharge d’énergie punk envoyée en pleine figure à cette époque qui transforme tout le monde en employé fatigué récitant sa propre existence comme un mot de passe oublié. Deux minutes à peine, et pourtant suffisamment de guitares saturées, de batteries qui cognent et de cris nerveux pour réveiller un open space entier sous antidépresseurs. Le trio balance son refrain comme une panne de courant émotionnelle, quelque part entre le brat punk californien, le chaos garage et la thérapie collective improvisée au fond d’un bar collant de Los Angeles. Il y a du fun, oui, mais un fun rageur, celui de gens qui comprennent que sourire poliment pendant que le monde broie tout le monde commence sérieusement à ressembler à un bug logiciel. Drama Dolls ne cherche pas à paraître cool ni sophistiqué. Le groupe préfère hurler, accélérer, cogner, et rappeler que le punk reste parfois la seule musique honnête quand la routine finit par parler à la place des humains.

The Yum Yum Tree Turn Down the Noise // USA

Avec Turn Down the Noise, The Yum Yum Tree signe le genre de retour que très peu de groupes savent encore faire, un disque qui n’essaie ni de revivre sa jeunesse ni de transformer la nostalgie 90s en business model. Andy Gish écrit comme quelqu’un qui a réellement traversé la fatigue du monde — urgences hospitalières, responsabilités, regrets, relations cabossées — et ça change immédiatement la densité émotionnelle de ces chansons. Les guitares grincent avec cette élégance d’un college rock qu’on croyait disparue, pendant que les mélodies accrochent. Turn Down the Noise parle de vulnérabilité, d’épuisement, de ce moment où l’on comprend enfin que le bruit permanent du monde sert surtout à empêcher les gens de réfléchir à ce qu’ils ressentent réellement.

Lucifers Beard « Beep Bop Robot » // UK

Avec “Beep Bop Robot”, Lucifers Beard transforme la paranoïa moderne en garage rock turbulent. Guitares fuzz qui débarquent comme une mauvaise idée à trois heures du matin, basse nerveuse, rythmiques mécaniques, blips synthétiques qui clignotent comme un cerveau épuisé par les écrans, tout ici semble avancer entre instinct humain et automatisme programmé. Le morceau garde quelque chose de sale, d’imprévisible, presque bancal par moments, exactement comme cette époque obsédée par l’authenticité tout en recyclant les mêmes gestes, les mêmes poses, les mêmes algorithmes. Entre blues-rock mutant, art rock dissonant et tension lo-fi, “Beep Bop Robot” refuse d’être poli, calibré ou “playlist-friendly”. Une excellente nouvelle, parce qu’il y a déjà suffisamment de musique fabriquée par des humains qui sonnent comme des logiciels.

David Laborier « Owl Skewl » // Luxembourg

Jazz fusion, rock, hip-hop old school, section cuivre pétillante, « Owl Skewl » de David Laborier est morceau qui débarque comme un sample de l’ère Dre/Snoop passé à la moulinette des passions pour les chouettes de Harry Potter de la fille du guitariste luxembourgeois. Tout le morceau respire le plaisir du jeu collectif et du détail bien placé. Les guitares se répondent avec élégance sans tomber dans la démonstration fatigante. Ici, ça circule, ça cogne juste, ça danse presque malgré soi. Même le titre, quelque part entre Harry Potter et le G-funk, résume parfaitement cette capacité à mélanger références pop et précision instrumentale. David Laborier construit surtout un morceau vivant, nerveux, drôle par moments, et suffisamment solide pour rappeler que la virtuosité devient enfin intéressante quand elle cesse de vouloir être admirée.

The Huntress and Holder of Hands « Promethean » & « Doctrine » // USA

“Promethean” de The Huntress and Holder of Hands avance comme une procession lente dans un monde déjà consumé, mais qui continue malgré tout à respirer sous les cendres. MorganEve Swain transforme encore une fois le deuil en matière vivante. Les cordes grincent, les percussions tombent lourdement, la basse rampe dans l’ombre, et cette montée presque rituelle finit par engloutir l’auditeur dans quelque chose de bien plus vaste qu’une simple chanson “americana”. “Promethean” porte parfaitement son nom, celle d’une lutte permanente entre la lumière volée et le prix à payer pour l’avoir tenue entre ses mains. Tandis que « Doctrine » confirme cet attachement au gothic folk, au post-metal qui murmure derrière les arrangements, et à une tension quasi cinématographique.

Rufus Joseph « Outside » // USA

Rufus Joseph revient au fondement même de la musique folk, une guitare, une voix habitée, et un récit… rien de plus. Et visiblement, rien de plus n’était nécessaire. “Outside” dure à peine deux minutes, mais certaines chansons bavardes de huit minutes pourraient prendre des notes. Ici, tout repose sur cette guitare douce, presque fragile, et cette voix grave qui avance comme quelqu’un qui rentre seul dans une ville endormie. Ça sent la nuit froide, les pensées qui tournent mal, et ce moment très précis où la solitude cesse d’être un concept esthétique pour devenir quelque chose de physique. Rufus Joseph ne cherche pas à impressionner, encore moins à fabriquer un “moment viral”. Il fait simplement ce que la folk sait faire de mieux, accompagner silencieusement les failles humaines.

Kepa Lehtinen Music From The Poison Garden // Finlande

Avec Music From The Poison Garden, Kepa Lehtinen se place dans les rangs, clairsemés, des compositeurs capables de faire respirer le silence. Piano, contrebasse, theremin, un vieux Mellotron fatigué par le temps, et voilà un disque qui avance comme une promenade nocturne dans un jardin où les fleurs sentent la mort élégante plutôt que le parfum de supermarché. Le plus fascinant chez Lehtinen, c’est cette manière de rester minimal sans jamais devenir décoratif. Ici, chaque note semble pesée avec une lenteur presque inquiétante. Le theremin flotte comme un fantôme mélancolique au-dessus des morceaux, “Funeral Flowers” laisse une trace froide dans la poitrine, tandis que “A Walk Through The Poison Garden” donne réellement l’impression d’avancer entre des plantes toxiques sous un ciel finlandais sans lumière.

https://open.spotify.com/intl-fr/album/7oTKZvEaHuzoEXBFODgMoz?si=96gyWQOZS6aKEPf9EWBGzQ

Fugue State After Nothing Comes // USA, Indonésie

Avec After Nothing Comes, Fugue State fabrique un disque qui ressemble moins à un album qu’à un bâtiment abandonné hanté par ses propres bandes magnétiques. Dan Langa démonte les chansons comme d’autres démontent des machines, récupère des voix, des saxophones, des conversations de studio, des fragments humains, puis les reconstruit en quelque chose de spectral, instable, presque inquiétant. On parle souvent de musique “expérimentale” pour désigner trois synthés tristes et un ego surdimensionné ; ici, l’expérimentation a réellement un sens. Les morceaux avancent entre ambient, chamber dub, collages électroniques et art song fracturé, pendant que les voix de Maia Friedman ou de Peni Candra Rini traversent ce brouillard numérique comme des présences perdues entre plusieurs réalités. After Nothing Comes refuse constamment le confort, les sons se répètent jusqu’à se déformer, les silences deviennent aussi importants que les notes, et l’on finit par ne plus savoir ce qui relève encore de la performance humaine ou d’un fantôme coincé dans Ableton Live.

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