A l’écoute de Maramfa Musick Pro, le dernier disque que l’artiste sud-africain Serokolo 7 vient de faire paraître chez Nyege Nyege Tapes, on est pris de… vertiges. Oui, plus que de nous propulser dans son Limpopo natal, le jeune producteur fait vivre une véritable cérémonie sonore traditionnelle. Enfin traditionnelle… sous acide. Et pas microdosé.
Il y a des disques qui accompagnent une soirée. Celui-ci ressemble davantage à une collision entre un mariage bapedi, une procession ancestrale et un générateur électrique laissé en surchauffe pendant trois jours. On se retrouve face à un mur de son que Serokolo 7 érige devant nous, puis rehausse encore un peu plus encore à chaque pas dans le disque. Les beats, les percussions, les basses assourdissantes, les collages, les bruits, les cris, tout monte dans les oreilles comme une trombe nerveuse qui finit par provoquer l’ivresse, si ce n’est carrément la transe.
Le plus fascinant dans cette histoire, c’est que cette musique, la mapanta, n’a rien d’un fantasme d’Européen en safari électronique. La mapanta n’est pas née dans des clubs aux cocktails hors de prix, entre trois influenceurs fatigués et un directeur artistique obsédé par les moodboards berlinois. Cette musique vient des villages de Ga Skhukhune, dans le Limpopo. Elle servait aux mariages, aux célébrations, aux rassemblements communautaires. Une musique sociale avant d’être une musique de plateforme. Une musique qui colle les corps ensemble avant de remplir des playlists Spotify.
Et Serokolo 7, loin du conservateur folklorique qui dépoussière gentiment une tradition, agit plutôt comme un sorcier du chaos numérique. FL Studio devient chez lui un atelier de possession collective. Les rythmes shangaan, les pulsations manyalo, les log drums de l’amapiano, les tensions du lekompo, tout s’écrase et fusionne dans un même torrent compressé jusqu’à l’étourdissement. Certains morceaux dépassent les 180 BPM comme si la musique cherchait moins à faire danser qu’à provoquer une sortie de piste… ou plutôt de corps.
Alors oui, au premier abord, Maramfa Musick Pro peut donner l’impression d’une cacophonie monstrueuse. Des hurlements d’animaux, des cymbales qui claquent comme des tôles, des voix découpées à la machette, des mélodies de marimba qui surgissent puis disparaissent aussitôt. Mais derrière cette surcharge, quelque chose d’ancien remonte. Quelque chose qui tient du chant, de l’invocation, de la mémoire collective. Les voix en sepedi ne cherchent même plus vraiment le refrain ; elles fonctionnent comme des appels, des louanges, presque des transmissions.
Et c’est probablement là que le disque devient passionnant. Cette musique refuse la propreté clinique devenue obligatoire dans l’électronique mondiale. Tout y déborde. Tout sature. Tout transpire. Là où tant de producteurs occidentaux passent des semaines à stériliser leurs morceaux pour obtenir “de l’espace dans le mix”, Serokolo 7 remplit chaque centimètre sonore jusqu’à l’asphyxie. Serokolo 7 construit une musique qui semble née au milieu des corps, de la sueur, des enceintes poussées au maximum et des villages qui refusent de mourir.
Serokolo 7 Maramfa Musick Pro :
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