Contrast de Slim Abida, le jazz tunisien en équilibre

Les plus alertes sur la scène musicale tunisienne l’auront senti venir. Dans l’air circulait déjà, depuis quelques mois, le pressentiment d’une sortie pour le moins intéressante, celle de Contrast, le prochain album du bassiste Slim Abida. Les initiés, ceux qui suivent ses moindres pas, avaient eu le privilège, il y a quelques mois, d’assister à une avant-première mémorable sur le toit du RootRoof, ce lieu culturel confidentiel et luxuriant, niché au cœur de la médina de Tunis, où l’on organise régulièrement des captations live d’une rare intensité. Pour les retardataires – ou les simples chanceux –, une autre occasion s’est présentée ce jeudi 28 juillet, un concert de présentation tout en finesse de Contrast, donné sur un autre rooftop tout aussi branché du centre-ville de Tunis, preuve que l’album flotte déjà dans l’air estival.

Mais assez parlé des toits, parlons plutôt de Contrast ! Une fois encore, Slim Abida nous livre un jazz d’une construction solide, presque architecturée, où le piano, la trompette et la basse engagent des dialogues bavards, se répondent, se contredisent et s’accordent. Derrière leurs allures improvisées, ces échanges sont en réalité le fruit d’une organisation millimétrée, d’une partition secrète que seule une batterie mordante et incisive vient troubler avec une joie contagieuse. L’équilibre est précaire, mais parfaitement tenu.

Et, puisque c’est un album de bassiste, revenons naturellement sur l’instrument-roi, la basse. Ici, elle se fait tantôt légère, sautillante, claquante, avec ce son métallique et brillant qui fleure bon les productions jazz-fusion des années 80-90, la grande époque des Weather Report, de John McLaughlin ou de John Patitucci. Elle évoque ces années où la basse était reine, volubile et incisive. Mais elle se fait aussi, par instants, lourde, pesante, presque menaçante… heavy, oui, on le dit en anglais, repondant ainsi mieux au calibre des productions modernes, plus denses, plus saturées. Ce contraste permanent entre légèreté et gravité, entre héritage et modernité, donne tout son sens au titre de l’album… Contrast !

Slim Abida « The Begginings » :

Slim Abida « RootRoof Live Session » :

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