Ambiance d’Hammamet : Une Ode à la joie festive mais brouillonne

Ce dimanche 24 au soir le Festival International de Hammamet a fait un pari risqué, celui de programmer une œuvre qui, en tout cas sur le papier, se veut réunir autour d’une partition, celle de l’Ode à la Joie, à la fois un orchestre symphonique, et deux célébrités venues du monde du mezoued… le mezoued ? C’est le genre musical populaire tunisien par excellence, c’est la musique des nuits d’ivresses et de perdition tout autant que celle des mariages… et ne nous faites pas dire que le mariage est une perdition ! En tout cas cette musique est aux antipodes de la musique symphonique !

Et le pari a attiré du monde, le théâtre de Hammamet est bien rempli ! On y croise de la chemise en lin et du short blanc, du caftan bon marché et de la robe de soirée, il y a du beau monde et des roturiers, il y a quelques grands noms de la scène arty tunisoise qui prennent place à côté de familles bourgeoises Hammametoise (et, mis à part pour les mariages, ces derniers sont plutôt durs à faire sortir de chez eux).

L’orchestre s’installe sur ses bancs… et c’est beaucoup de monde, plus de quarante personnes. Après les accordements de dernières minutes, et une petite agitation sur le devant de la scène, la musique retentit enfin ! Mais, presque à la surprise générale, elle n’est ni mezoued, ni sortie de la Neuvième symphonie… il s’agit de l’hymne tunisien, et la foule, même prise au dépourvu, s’empresse de se lever et de chanter. On sent qu’on est à la veille non seulement de la fête nationale, mais aussi d’un jour de vote important pour le président tunisien, et peut être un peu moins pour le peuple.

Voilà, après le devoir patriotique, la musique… enfin… on pensait. L’orchestre se met à jouer… et, comment dire… quelle catastrophe ! Mise à part l’amusant look de mafieux échappé d’un film de Scorsese ou de Brian De Palma de son chef, Chedi Garfi, l’orchestre est une calamité cacophonique. On croirait entendre une de ces fanfares militaires de pays improbables qui massacrent les hymnes nationaux lors de visites officielles. Alors, vous dire s’il a joué l’ode à la joie de Beethoven, ou l’hymne à l’amour de Piaf… impossible à dire ! Allez pour essayer de lui trouver une excuse, on pourra toujours dire que l’humidité de la mer toute proche n’arrange en rien les accordages plutôt sensibles des instruments à cordes… mais bon…

Heureusement que le vieux Salah Farzit, monument de la musique populaire tunisienne, fait son entrée sur scène sous les acclamations et les apostrophes joyeuses du public ! Là, tant bien que mal le concert peut vraiment commencer. Dès que les notes du mezoued (genre de cousin tunisien de la cornemuse qui donne son nom au style musical) commencent à danser dans la nuit hammamétoise, la foule, comme un seul homme, étire ses bras vers le ciel et commence à danser, et à chanter. Faut dire que Farzit, comme ces vieux chanteurs qui ont déjà bien roulé leur bosse, il lui arrive de dérailler, d’être faux, chevrotant, de faire des trémolos involontaires… mais par contre quand il tape juste, et ça lui arrive souvent… qu’est-ce que c’est puissant !

Puis la venue sur scène un peu plus tard de Fawzi Ben Gamra, personnage sulfureux aux prises de positions politiques aussi stupides qu’il chante bien, a confirmé la tendance de cette soirée. Dès que l’ambiance est au mezoued et aux chansons populaires tunisiennes, le public est debout, ivre de fêtes, et pris d’une joie qui dépasse l’ode, et dès que l’orchestre s’avance un peu trop, le public se rassoit et cri « mezoued » ! Ici, la vraie caisse de résonance des chanteurs, du mezoued et des tablas (tambours) se trouve dans le public.

Et si l’on sait que certains directeurs d’établissements culturels publics tunisiens ont juré que de leur vivant jamais le mezoued n’aurait sa place sur scène, il est déjà dans le cœur de tous les tunisiens, et mobiliser tout un orchestre, surtout mauvais, comme faire-valoir pour faire rentrer cette musique populaire dans les murs du Centre Culturel International de Hammamet, c’est un peu excessif !

Salah Farzit, Fawzi Ben Gamra, Chedi Garfi – Ode à la joie @FIH2022 :

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