On ne sait jamais vraiment où l’on met les pieds avec ce disque. Xa Humba, du producteur sud-africain Arrumar, fraîchement débarqué sur le label QEONE de Polygonia, et d’emblée, la question se pose : est-ce que l’on pénètre une œuvre électronique expérimentale dont la rapidité des beats n’égale que l’oppressante lourdeur de sa progression ? Est-ce que l’on entre dans un village de Bushbuckridge pour assister à un rituel de transe où les corps se tordent sous le soleil implacable ? Est-ce que l’on met les pieds sur un dancefloor underground où les roulements d’une house exigeante se font engloutir par la cadence infernale d’une techno sans concession ? La réponse, évidemment, est toutes ces choses à la fois, et c’est bien là que réside la beauté vénéneuse de l’objet.
Mlunghisi Chauke, l’homme derrière le projet Arrumar, n’a pas conçu Xa Humba comme un simple album de plus. Non. Il a inventé son propre terrain de jeu, une étiquette qu’il pose fièrement sur sa musique, Traditional Dance Music, ou TDM. Un genre qui n’existe pas ailleurs, qui puise dans les rythmes du Muchongolo, cette danse traditionnelle où musiciens et danseurs dialoguent en duel permanent. Et c’est cette dualité qui frappe d’emblée, une légèreté percussive, presque aérienne, sur laquelle viennent se poser des mélodies obliques, des accords brumeux , et une tension qui sous-tends toute l’oeuvre.
Le titre lui-même, Xa Humba, porte en lui tout le programme. Humba, l’escargot. Le clan familial de Chauke, la lenteur comme philosophie, la persévérance comme seul moteur. Pas de précipitation chez Arrumar. Chaque track avance à son rythme, rampant parfois, s’élançant soudain, mais toujours avec cette patience viscérale… baveuse, qui caractérise les êtres qui savent où ils vont.
Et puis il y a « Hamba », hommage bouleversant à une mère qui dit adieu à sa fille partant vers le mariage. Les voix féminines, pour beaucoup des débutantes au micro, apportent une dimension intime, presque vulnérable, à une production qui aurait pu sombrer dans la froideur technique.
L’album voyage, aussi. Des sonorités dub qui traînent sur « Night Owl » aux synthés minimalistes de « Meropa », Arrumar ne se contente pas de revisiter ses racines, il les projette dans un futur où les frontières musicales n’ont plus de sens. Xa Humba, malgré sa complexité, respire l’authenticité. Pas de complaisance, pas de fausse chaleur. Juste des rythmes qui cognent, des émotions qui affleurent, et cette certitude que la musique sud-africaine, décidément, n’a pas fini de nous surprendre.
Alors oui, on ne sait pas toujours où l’on met les pieds avec ce disque. Mais une fois qu’on y est, on n’a plus envie d’en sortir.
Arrumar Xa Humba :
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