What Does It Take to Bloom? L’intense renaissance de Somi

Après avoir arpenté Lagos, Dakar, Harlem et l’héritage de Miriam Makeba, Somi pose ses valises là où ça fait mal. Là où ça pulse. What Does It Take to Bloom? n’est pas un disque de plus sur la géographie des exilés. C’est un manifeste intime, une cartographie de soi.

Six ans sans album original. Six ans à plonger dans le théâtre, à décrocher un PhD à Harvard, à se demander ce qu’elle faisait là, loin de sa « pratique de composition », ce premier langage qui l’a toujours portée. Et puis la perte. Plusieurs êtres chers, emportés. La vie qui continue, impériale et indifférente.

Ce disque est né de ce vertige.

Enregistré entre Dakar, Lagos, Paris, New York, avec Benjamin James des Cavemen à la co-production, l’album respire le mouvement. Mais Somi ne cherche plus un lieu sur la carte. Elle cherche l’endroit où poser ses racines dans son propre corps. « Comment définir un sentiment de foyer dans mon propre corps ? » se demande-t-elle.

Musicalement, c’est un terrain vague magnifique. Du jazz qui s’ouvre, du highlife qui s’invite, du spoken words qui claque. Mais ce qui frappe, c’est l’écriture. « So You Want to Be a Woman », avec Lakecia Benjamin au sax, assène des vérités qui brûlent : « They will make a stage of your body / Use your womb for their politics ». Et ce refrain, glaçant : « The burden and the miracle / The daughter and the gun ».

Sur « Throw Something », elle dresse des listes d’impossibilités cosmiques. Sur le titre éponyme, elle énumère ce qu’il faut pour fleurir : des graines, de l’eau, de la foi, des épines, des vers, des mains calleuses. La réponse n’est jamais définitive.

Le disque s’ouvre et se referme sur la voix de sa mère, cette gardienne de chants ouest-ougandais. Un héritage, une boussole.

What Does It Take to Bloom? n’est pas un album sur la destination. C’est un album sur le processus. Sur le fait de se perdre, de se retrouver, de comprendre que « fleurir » n’est jamais un état, toujours une quête. Somi y donne tout, ses doutes, ses colères, ses guérisons. Elle nous offre le spectacle brut de son retour à elle-même.

Et si l’on n’y trouve pas de réponse, tant pis. L’album nous offre mieux, le courage de regarder quelqu’un essayer de devenir.

Somi What Does It Take to Bloom? :

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