Doit on détester What Are the Odds, le dernier opus de Jorja Smith?

Jorja Smith fait probablement partie de ces chanteuses qu’on aimerait bien détester… Il faut dire qu’elle a le don de toujours nous prendre de court. À peine a‑t‑on fait connaissance avec sa soul très anglaise qu’elle saute déjà vers des univers plus afro. Pour être honnête, on kiffait bien la vibe… mais, là encore, elle a rebondi. Bienvenue dans les années 2000, la fameuse mode Y2K, avec les looks rétro, les colliers ras du cou, les clips tournés avec un 3310, etc. Mais on espère que vous ne vous êtes pas trop attachés à cette Jorja Smith era, puisque voilà qu’avec son nouvel album, What Are the Odds, elle réenclenche la machine à voyager dans le temps, pour nous immerger à la source du son électronique anglais : celui de l’underground jungle, de la drum’n’bass des garages, et du big beat ! Alors oui, on aimerait bien la détester pour toutes ces sautes de genre, de styles, de temporalité, mais la chose qui relie tout ça et qui fait qu’on peine à la détester, c’est que, voilà, Jorja Smith… c’est une voix, et quand elle chante, ça fait la différence.

Mais venons‑en à ce nouvel album… doit‑on le détester ? Comme on le disait, il fait la part belle au son UK bass. Les productions sont affûtées, les basses roulent, les beats claquent, les synthés mordent, et par‑dessus ce roulement incisif des machines, la voix de Jorja Smith plane avec élégance. Pourtant, l’album a été enregistré en un temps record, cinq titres en un jour, quatre autres freestyle le lendemain, avec le producteur P2J, qui avait déjà collaboré avec elle sur « Little Things ». Initialement pensé comme un EP, le projet s’est transformé en un long format qui, par moments, souffre d’une certaine uniformité. Les tempos s’enchaînent, les ambiances se ressemblent, et on finit par perdre un peu le fil.

Côté textes, Jorja Smith s’attaque à un menteur, à un amant qui promet sans tenir, qui la fait passer pour sans voix. Des titres comme « I Lied, You Lied » ou « Pretend » tranchent avec une franchise désarmante, mais d’autres morceaux, comme « Dancing » ou « Make It Your Home », manquent de mordant. Peut‑être pourrait‑on lui reprocher de ne pas avoir d’anthem, une chanson qui marquera les esprits comme « Be Honest » en son temps. Il y a bien « Alive », le feat avec Wizkid, petit anachronisme dans cet univers très 90s, sur lequel elle renoue avec cette ambiance afro qu’on aurait aimé voir plus présente. Mais ce featuring, comme celui avec Devlin sur « This City », ne laisse pas une empreinte durable. L’ensemble manque de ce grain de folie qui faisait le charme de ses précédents opus.

Alors, si « I lied, you lied », nous, on ne va pas vous mentir, ce disque de Jorja Smith est‑il le disque de l’année ? Probablement pas. Par contre, quelles sont les chances que vous passiez un bon moment avec, et que peut‑être même quelques‑uns de ses titres gagnent leur place dans vos playlists ? 100 % de chances ! Car, au final, c’est sa voix qui sauve tout, et elle nous rappelle que même dans un album inégal, elle reste une interprète hors pair.

Jorja Smith What Are the Odds :

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