De prime abord, quand on plonge dans les remous de l’album Towards An Expanse de l’artiste sud-africaine dumama, on a l’impression de mettre les oreilles dans un de ces disques de nu-soul où une voix cristalline plane avec grâce sur une instru plus remuante. Oui, il y a un peu de ça, c’est vrai. Mais derrière cette première impression il y a la montagne qui se cache derrière la souris, ou l’arbre qui accouche de la forêt, comme vous voulez.
Une forêt qui bruisse de mille bruits, qui agite ses feuilles et ses branches comme prises dans une tempête punk. Une montagne qui pointe mille pics abrupts, des aiguilles expérimentales qui percent les nuages souls, des dents et des monts qui accrochent et dessinent les courbes sonores des onze titres qui composent ce disque. Rien de sage ici. dumama, Gugulethu Duma de son vrai nom, poète sud-africaine qui partage sa vie entre Johannesburg et Berlin, ne débarque pas de nulle part. En 2020, avec son acolyte kechou, elle avait déjà secoué le game avec buffering juju, un disque que The Guardian a qualifié de « wonderfully inventive debut », Afropunk d’« electronic folk masterwork » et Gilles Peterson de « absolutely brilliant », tandis que nous, nous nous étions contenté d’un « splendide » !
Mais ce solo, c’est autre chose. Sept années de gestation, commencées en 2019 au Figure 8 Studios à Brooklyn sous la baguette de Shahzad Ismaily, écrites entre Port Alfred et Le Cap, enregistrées à New York, cristallisées à Berlin, achevées à Johannesburg. Nandi Ndlovu a repris les bandes, ajouté des percussions, des basses électroniques, des musiciens live, une production vocale au scalpel avec Dion Monti de Mushroom Hour. L’uhadi, cet arc musical xhosa à une corde, sert de boussole tout du long. La voix n’est plus seulement la sienne, elle sort d’un puits profond sur « Rising Falls », se fracture et se disperse sur « No Abiding City » comme si elle appartenait à un corps collectif, ancestral.
On passe du gospel languide à l’électro-psychédélique, du future folk au post-punk, de l’ambient au prog-rock. dumama convoque Miriam Makeba, Busi Mhlongo, Princess Magogo, Madosini, et les met en conversation avec Sudan Archives, Björk, FKA Twigs, ou Pamela Z. Le temps est circulaire, ontologique, noir, on est ici, là, nulle part, partout. L’album médite sur le deuil, la vitalité, la résilience. Comment vivre avec les dommages tout en reprenant le contrôle ? Sur « Layer After Layer », elle répète « Ulindeni, ulindeni, ulindeni… silindeni ? » – qu’est-ce qu’on attend, bon sang ? Une alarme lancée avec une nonchalance féroce, un cri qui traverse les siècles et les continents.
C’est beau, c’est rude, ça ne demande rien à personne et ça prend tout. Un disque qui vous laisse lessivé et régénéré à la fois, comme si vous veniez de traverser une tempête pour mieux respirer après. Towards An Expanse n’est pas un album, c’est une expédition sonore sans retour.
dumama Towards An Expanse :
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