Il faut parfois aller chercher la musique là où elle a été rangée, et parfois, souvent même, oubliée. Oui, il faut aller la chercher dans des cartons qui sentent la poussière chaude et le plastique fatigué. Avec sa dernière compilation, Africa Shangazi, le label No Wahala Sounds entrouvre une porte restée coincée depuis le début des années 80 et laisse passer un courant d’air venu de Nairobi. Sous-titre sans détour, More Early 1980s Benga & Rumba from East Africa, comme un panneau indicateur planté au milieu d’un carrefour où se croisent Tanzanie, Kenya et Congo.
Pour établir cette sélection de rumba et de benga, les diggers du label londonien sont allés fouiller les archives d’Audio Productions, maison kényane qui a compris très tôt que la rumba congolaise pouvait se réécrire à Nairobi sans perdre son âme, et que la benga locale, nerveuse et syncopée, avait assez de nerfs pour tenir des nuits entières.
Le disque raconte une ville avant tout. Nairobi, point de chute et point de départ. On y croise le Super Wanyika, porté par la voix d’Issa Juma, Tanzanien devenu pilier des clubs kényans. Plus loin, l’Orchestra Shika Shika, Congolais installés sur place, enchaînent les enregistrements comme d’autres enchaînent les nuits. Leur “Diana” flotte au-dessus du lot, avec ces guitares qui s’enroulent et ces voix, celles de Jimmy Monimambo et Lovy Longomba, qui vont planer un moment dans vos oreilles.
Et puis il y a les silhouettes moins commentées, plus méconnues, celle de l’Ambira Boys Band, ou du Sega Sega Band, qui donnent à l’ensemble sa densité. La benga y claque, héritière du nyatiti des Luo, basse qui martèle et guitare qui cisèle, pendant que la rumba, elle, s’étire, séduit, insiste. Entre les deux, un terrain d’entente, des musiciens qui jouent pour être entendus tout de suite, pas pour être archivés quarante ans plus tard.
Ce qui frappe, c’est l’absence de nostalgie fabriquée. Africa Shangazi ne cherche pas à faire joli, encore moins à faire “patrimoine”. C’est une compilation qui laisse les aspérités visibles, qui assume les prises parfois rêches, les mixages inégaux, les éclats de génie au détour d’un couplet. Une musique qui n’a pas été pensée pour voyager, mais qui voyage quand même, tard, mais avec une certaine élégance.
No Wahala Sounds Africa Shangazi :
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