Foli Bah, la transe lente de Khalab et Baba Sissoko

Onze ans, c’est long. Onze ans, c’est une vie entière à l’échelle d’une scène musicale qui consomme ses nouveautés comme des snacks sur une aire d’autoroute. Et pourtant, certains dialogues ne meurent pas, ils se terrent, ils ferment les volets, ils attendent que le bruit passe. Onze ans après Khalab & Baba, le producteur italien Khalab et le griot malien Baba Sissoko se retrouvent dans la pénombre feutrée d’un studio, comme deux vieux conspirateurs qui n’ont jamais vraiment raccroché. Et de cette reprise de contact naît Foli Bah, pas une suite, pas un retour nostalgique, plutôt une nouvelle mue, plus dense, plus sûre d’elle-même.

Ce qui frappe d’emblée, c’est cette chimie rare, presque indécente dans sa fluidité. Là où tant de projets estampillés “fusion” s’empêtrent dans des compromis polis, Khalab et Baba Sissoko avancent autrement. Les machines de l’italien ne décorent rien, elles construisent. Boucles qui s’enroulent, qui s’obsèdent autant qu’elles obsèdent, qui refusent la ligne droite pour préférer la spirale, jusqu’à épuiser toute résistance chez l’auditeur. En face, Baba Sissoko ne vient pas “poser” la tradition malienne comme un vernis exotique, il l’installe au centre du dispositif. Le tamani, la voix, les textures organiques deviennent des piliers. Pas d’habillage, pas de folklore de surface, ici, plus que la tradition malienne, c’est surtout l’art de la mise en scène que le griot apporte.

Foli Bah avance comme un organisme. Cinq morceaux, cinq états. Des titres en bambara qui ne racontent pas vraiment, mais qui invoquent, pouvoir, destin, coexistence, possibilité, confiance. Des mots lourds, mais traités sans grandiloquence. Tout passe par la tension. D’un côté, la répétition quasi obsessionnelle de Khalab, qui creuse jusqu’à la transe. De l’autre, l’improvisation de Baba Sissoko, qui respire, qui dévie, qui humanise cette mécanique. Ce n’est pas un dialogue aimable, c’est une friction maîtrisée.

Et derrière cette musique, il y a un parcours. Khalab, architecte sonore passé par l’afrofuturisme, les expérimentations sahariennes, les croisements avec le jazz contemporain, affine ici une écriture plus intérieure, presque clinique dans sa précision. Baba Sissoko, lui, continue d’étendre la tradition griot sans jamais la diluer, fort d’un parcours qui l’a vu traverser continents et collaborations sans perdre son axe.

Foli Bah ne cherche pas à réconcilier, il acte une coexistence lucide. Une musique qui ne simplifie rien, qui ne vulgarise pas, qui préfère creuser. Et dans ce creusement, il y a quelque chose de politique, au sens le plus brut, rester ensemble sans se réduire.

Khalab & Baba Sissoko Foli Bah :

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