Le marché, chez Racines, n’est pas un lieu. C’est une température. Une manière d’habiter le bruit du monde. Ça parle, ça négocie, ça prie, ça ment un peu, ça chante beaucoup. Les langues se croisent comme des corps dans une ruelle trop étroite, ou trop remplie. « Market Miracolo » part exactement de là, ce moment où les voix se reconnaissent avant même de se comprendre.
Racines, duo formé par Rokeya et Anissa, construit une musique qui travaille les racines, non pas comme un patrimoine à mettre sous cloche et à procéder, mais comme une matière encore chaude, qui imprègne le présent, et fait fluctuer le futur. Rokeya, artiste londonienne d’origine indienne, vient avec ses structures électroniques, ses rythmes profonds, sa manière d’ouvrir l’espace sonore jusqu’au vertige. Anissa, chanteuse qui fait le grand écart entre l’Italie et l’Algérie, apporte une voix chargée de poussière, de mémoire, de traversées méditerranéennes. Entre les deux, il y a surtout une tension permanente. Une conversation. Une négociation.
Et « Market Miracolo » avance là-dedans avec une lenteur presque cérémonielle.
Les percussions installent quelque chose de physique, de circulaire. Les voix traversent le morceau comme des courants d’air. Les textures électroniques se mettent en place, la basse presse le pas à coup de wow. Rien n’est décoratif ici. Chaque son semble porter une histoire déjà ancienne, mais encore capable de muter.
Le morceau fonctionne par accumulation, par superposition. Des voix en arabe, italien, espagnol, français, ladino apparaissent, disparaissent, se superposent. Racines utilise les langues comme des matières rythmiques avant même leur signification. Ça frotte, ça souffle, ça pulse. A l’inverse du tonnerre avec l’éclair, le sens arrive après le son.
Ce qui frappe surtout, c’est cette capacité à faire circuler plusieurs géographies sans jamais perdre le centre émotionnel du morceau. « Market Miracolo » regarde vers le Sud, vers les ports, les routes, les mémoires déplacées, mais il reste profondément contemporain dans sa manière de construire l’espace sonore. Une musique qui porte la trace des migrations sans les transformer en slogan.
Derrière ce premier titre apparaît déjà « Arilos Mennar », l’album annoncé pour juin. Les graines de grenade et le feu. La renaissance et la combustion. Toute la musique de Racines semble tenir dans cette image, quelque chose qui pousse dans la braise.
Racines « Market Miracolo » :
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