Vous vous souvenez de Sliimy ? Ce jeune chanteur apparu à la fin des années 2000, pur produit de la génération internet, qui a été propulsé sur toutes les ondes et même sur les plus grandes scènes après s’être fait remarquer sur MySpace… Oui, oui, à l’époque on parlait encore de MySpace, et les plus jeunes, ne faites pas genre de ne pas savoir ce que c’est, c’est tout à fait dans votre DA de bandeurs des 00s ! Faut dire que sur MySpace il est parti taquiner une certaine Britney Spears en reprenant sa chanson « Womanizer », et qu’elle a tellement aimé sa version qu’elle a décidé de le prendre pour ses premières parties à Paris. S’en sont suivis des passages à la TV, plus de scènes, notamment en ouverture de Katy Perry, une signature sur un grand label, la Warner…
Et c’est là que le bât blesse… Oui, Sliimy, à l’époque, il ne partait pas avec les meilleures cartes dans sa main… Un jeune garçon, queer, pas forcément très bien dans son corps, issu d’une famille d’origine algérienne et marocaine, et venant d’une ville de province, Saint-Étienne… qui débarque à Paris… non, qui débarque dans le Paris du business de la musique à la fin des années 2000, à une époque où plus que jamais on tend à formater, à une époque où être queer, pour le grand public, ça correspond à… à être Mika. On tolère les excentricités dans les looks, mais il ne faudrait pas creuser trop profondément le sujet.
Bon, ça, c’était Sliimy… Après avoir disparu quelques années, Janis Sahraoui réapparaît, cette fois-ci sous son vrai nom, plus sûre de qui elle est, plus profonde dans sa musique, sur la forme comme sur le fond. Elle n’hésite plus, prend sa plume, écrit un livre pour raconter son parcours, fait officiellement son coming out, s’affirme comme trans et non-binaire, parle du manque de représentativité, des préjugés… ceux de son propre père, qui l’a rejeté, et à qui elle parle dans une chanson, « Solo ».
Et puis, aujourd’hui, elle sort Cry With Us, un album court et efficace, où sa pop vient mêler le politique et le poétique, pour célébrer sa transition. Beaucoup des morceaux présents sur le disque ont d’ailleurs été composés durant cette transition, ils l’ont accompagnée comme des œuvres imparfaites, inachevées, qu’elle prend le temps de conclure maintenant.
Sa musique ? On est loin des reprises que Sliimy faisait dans sa chambre ! Sur Cry With Us, on se confronte à une pop à la fois sombre et solaire… Oui, c’est un peu comme ces ciels nuageux transpercés de raies de lumière. Les beats, les basses, les synthés tourbillonnent ensemble pour offrir un écrin à la voix de Janis. Et en spectateur, on peut écouter, danser, onduler, pleurer aussi. Pleurer ensemble, pleurer sur les difficultés qui ont égrené le parcours d’acceptation de Janis… mais surtout pleurer de joie et célébrer la réussite de ce parcours qui a conduit le petit Janis Sahraoui à se retrouver, et à devenir celle qu’elle est.
Janis Cry With Us :
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