Il y a un geste, chez Lucía Hinojosa Gaxiola, qui résume tout. Poser des cailloux sur un clavier. Pas pour faire joli. Pas pour faire concept. Pour que la pierre parle. Pour que le poids devienne son, pour que la matière devienne bourdon. Elle appelle ça sa série Sonando Gravedad — en sonnant la gravité — et elle a construit un autel sonore avec des fossiles et des quartz sortis de sa collection personnelle, des micros contact collés sur la peau, celles des hommes, celles des cailloux, sur des cheveux, sur de la peau humaine. Le synthé Yamaha ne joue pas. Il subit. Et ce qu’il subit, c’est une prière soutenue, un genre de bourdonnement, de vibration, une douce pulsion, qui monte de la terre et qui refuse de redescendre.
L’album, lui, a été enregistré entre Mexico, San Juan Atezcapan et une petite ville italienne du nom de Bagnore, étalé sur septembre 2023 et janvier 2025. On y entend des cigales, le feu qui crépite, une statique radio, le son du coucher et du lever du soleil lors du solstice d’été. Et par-dessus — ou plutôt à travers — la voix de Lucía, jamais décorative, toujours organique, murmurant des poèmes qui ressemblent moins à des textes qu’à des incantations arrachées au sol.
Louise Landes Levi apparaît au sarangi sur deux pistes. Diego Gerard Morrison — écrivain, éditeur de la plateforme diSONARE, et partenaire de Lucía — pose sa trompette sur « Paradiso: Fire Road », une pièce où le feu devient route, où Dante rencontre un champ de ruines mexicaines. Dans « For the Dragonflies », Lucía chante sur le sarangi de Louise, dédiant ce moment aux libellules, ces êtres qui précèdent les premiers dinosaures de plus de cent millions d’années. Et puis « Rezo de Raíz », prière finale, racine, point d’orgue tellurique.
L’album commence au sommet d’une tour, une antenne cosmique, un mât dressé vers le ciel, pour ensuite descendre, lentement, vers le royaume terrestre des racines. Ce voyage n’est pas une métaphore. C’est une architecture. Une tour qui capte les messages de l’espace, puis une terre qui les digère. On n’écoute pas cet album. On s’y soumet. On apprend quelque chose de l’immobilité.
Alors oui, Sonando Gravedad est exigeant. Il ne vous prendra pas par la main. Il ne vous offrira pas de refrain. Il vous laissera seul avec vos propres vibrations, dans une pièce où le temps s’étire, où les frontières entre le son et le silence, entre le corps et le sol, entre le souffle et le cosmos, se dissolvent lentement. Et c’est précisément là, dans cette dissolution, que quelque chose d’essentiel se met à résonner. Pas une réponse. Une fréquence. La vôtre, peut-être, enfin accordée à celle du monde.
Lucía Hinojosa Gaxiola Sonando Gravedad :
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