La Maria ou le merengue électronique selon Mystérika

Il faudrait être sourd ou de mauvaise foi pour ne pas percevoir ce qui agite les entrailles de « La Maria », nouveau titre de la DJ et productrice costaricaine Mystérika. Ce n’est pas une simple chanson, c’est une secousse tellurique qui emprunte les chemins tortueux du merengue électronique pour mieux brouiller les pistes. À 138 BPM, le cœur s’emballe, les corps s’agitent, mais quelque chose cloche dans ce tableau joyeux. L’ivresse est là, mais elle est nerveuse, parcourue de synthés acides et de rythmes qui n’en font qu’à leur tête.

Mystérika, pour cette traversée des apparences, s’est adjoint les services du duo F.A.V. & Tino Amor, ces iconoclastes de la cumbia expérimentale qui ont plus d’une fois fait vibrer nos pages. Une association qui ne doit rien au hasard. Ensemble, ils cisèlent une œuvre où le merengue traditionnel, ce genre caribéen né en République dominicaine, se voit dépecé, distordu, réinventé sous les amphètes de l’électronique la plus brute. Ce n’est pas une révolution, c’est une éviscération en bonne et due forme.

L’auditeur attentif perçoit vite que « La Maria » est un voyage schizophrénique entre deux mondes que tout oppose, mais que Mystérika s’obstine à marier dans une étreinte douloureuse. Le spirituel et l’irrévérencieux s’y côtoient sans jamais se fondre, comme ces danseurs qui s’enlacent dans la chaleur d’une piste sans jamais vraiment se regarder. La nature et la ville, l’organique et le synthétique, la contemplation et l’euphorie, tout est prétexte à cette exploration des contrastes qui constitue peut-être la seule véritable identité sonore de l’artiste costaricaine.

Premier extrait de son prochain EP « Dulce Fuego », qui paraîtra sous le label indépendant Lácteo Cósmico, « La Maria » ouvre une nouvelle ère pour Mystérika. Une ère où la musique latino-américaine cesse d’être un folklore de pacotille pour devenir un terrain de jeu où se fracassent les certitudes. Coproduit avec Barzo, figure du label, et masterisé par Richie Bernal, le titre possède cette rudesse que seuls les ingénieurs du son costaricains savent insuffler à leurs productions.

On n’écoute pas « La Maria », on la subit, on la traverse, on en sort lessivé mais étrangement apaisé. Comme après une nuit trop longue passée à danser sur les contradictions d’un monde qui n’a plus aucune raison d’être cohérent. Et c’est peut-être cela, la grâce de Mystérika, offrir une musique qui ne demande pas d’être comprise, seulement vécue dans toute sa splendeur désorientée.

Mystérika X F.A.V & Tino Amor X Barzo « La Maria » :

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