I’ve Forgotten Now Who I Used To Be, la détresse des sorcières du Ghana

Après la puissance du désert incarnée par les touaregs de Tinariwen, les envolées spirituelles du pakistanais Ustad Saami, ou encore la fébrile force des survivants rwandais de The Good Ones, c’est encore une fois un voyage sonore exceptionnel et émouvant que nous propose le producteur américain Ian Brennan, et sa femme, la photographe italo-rwandaise Marilena Umuhoza Delli, avec la parution du disque I’ve Forgotten Now Who I Used To Be de Witch Camp.

Il y a au Ghana, puisque cette triste histoire se passe ici au Ghana, mais l’on aurait pu recueillir les mêmes chants dans, malheureusement, bien des pays, des femmes qui sont mises au ban de la société, puisqu’accusées de… sorcellerie. Oui, de sorcellerie. Parfois parceque’elles présentent des différences physiques ou mentales, des handicaps, des déficiences, ou parfois encore sans aucun fondements, juste pour répudier une femme que l’on désire plus, pour l’écarter d’un héritage, d’une terre… Ces femmes persécutées, ostracisées, rejetées, trouvent refuge dans des Witch Camp, des campements où elles se retrouvent pour tenter de vivre.

Avec ce nouvel album, Ian Brennan et sa femme sont partis dans trois de ces villages de l’infamie, ont tendu leurs micros, et ont recueilli les poignants témoignages chantés de dizaines de ses sorcières ghanéennes. Des femmes trahies, malades, bannies, abandonnées, qui laissent exploser leurs peines les plus profondes, des plaies à nues qui viennent saillir jusqu’à la surface de ce disque, dans des épanchements de douleurs, d’incompréhension, d’espoir aussi, parfois, un peu tout du moins, qui transparaissent dans leurs chants, et dans le titre des chansons, seules paroles traduites en anglais sur le disque, et dont voici quelques exemples : “I Must Build A New Home”, “Everywhere I Turn, There Is Pain”, “I Have Lost All That I Love”, “When I Was Ill, You Didn’t Come Visit Me”, “There Are No Promises In This World”, ou encore le terrible “Left To Live Like An Animal”.

I’ve Forgotten Now Who I Used To Be de Witch Camp n’est pas vraiment un disque de musique, c’est un asile de sons et d’émotions, qu’il faut aborder avec prudence, décence et pudeur. Ce n’est pas non plus un simple disque de field recordings, ou l’on regarderait avec curiosité les excentricités de la société ghanéenne, oui, toutes nos sociétés pour garantir leur équilibre ont tendance à mettre à la marge ceux qui les dérangent… et Ian Brennan ici ne fait que leur tendre un micro.

Witch Camp – I’ve Forgotten Now Who I Used To Be :

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