Goran Kajfeš et son Subtropic Arkestra de retour avec Avin Omar

Il aura fallu neuf ans. Neuf ans à attendre que Goran Kajfeš daigne ressusciter son Subtropic Arkestra, et voilà que ça arrive par la petite porte, sur Bandcamp, comme un secret qu’on ne partage qu’entre initiés. Trois titres. Trois seulement. Une gifle qui dure le temps d’un vinyle de 10 pouces

L’Arkestra, pour ceux qui suivent, c’est un monstre à plusieurs têtes. C’est la crème du jazz suédois, c’est Kullhammar, Johansson, Nordenström, Fiske, Berthling, Holmegard… une brochette de noms qui suffirait à faire pâlir n’importe quel festival sous les pommiers, ou sur les rives du Léman. Et cette fois, pour leur retour ils ont invité à leur côté Avin Omar. Une voix kurde-suédoise qui ne chante pas, qui traverse. Claire, profonde, intense, elle ne demande rien, et offre tout.

« Suleymanieh » ouvre le bal. Air traditionnel réarrangé qui s’enroule autours d’un poème de Sheikh Riza Talabani. La trompette de Kajfeš qui n’en fait pas trop, qui suggère l’orage plutôt qu’elle ne le déchaîne, la rythmique, on entend les cymbales comme on entendrait la pluie sur un toit en tôle les guitares de Fiske grattent l’espace, dissonantes, presque trop belles pour être honnêtes… l’écrin se dévoile, et puis le souffle d’Omar se pose dessus… il y a de la grâce et de la puissance. On est pris. Là, quelque part entre le Bosphore et la mer du Nord, entre Sinan et Wingårdhs.

« Desmala Min », ensuite. Funk. Pas le funk paresseux des cools de service. Un funk tendu, lumineux, qui claque. Un funk de mariage kurde, avec les bois dansent autour, et Omar qui plane au-dessus, la voix flotte comme une chose qu’on ne peut pas attraper. On imagine une salle des fêtes, une piste, des corps. Rien de superflu. Tout est à sa place, et pourtant tout semble sur le point de déraper.

« Monsoon ». Le sommet. Paroles de Şêrko Bêkes, un poète irakien kurde. Une ballade, sensuelle, ouverte. Un paysage orchestral qui s’élargit jusqu’à l’incandescence. La voix d’Omar est un fil qui ne casse jamais. Elle sinue, elle étreint. On pense aux espaces larges, aux routes de montagne, et à quelque chose d’irrémédiablement humain.

Trois pièces. C’est trop court. C’est une évidence qu’on n’a pas le temps d’épuiser. Mais c’est aussi une promesse — deux autres EPs à venir cette année, avec d’autres voix. En attendant, on appuie sur « play » encore une fois. On se laisse prendre.

Goran Kajfeš Subtropic Arkestra & Avin Omar :

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