Vous connaissez Znous. Pas la peine de faire semblant. Guitares qui lacèrent, basse qui vrille, batteries qui tabassent sans sommation, et ce refus viscéral d’être assignés, ni à une identité simpliste, ni à un genre musical précis. Des Tunisiens qui ont toujours su slalomer entre le hardcore, le metal, le punk et une lame de fond, mieux, une âme de fond, amazigh ! Alors quand ces gens-là sortent un titre qui s’appelle « Sket », le silence, on ne fait pas le malin. On écoute.
Et là, première gifle, ils lèvent le pied. Les grosses guitares, elles patientent en coulisse. La première partie vous arrive avec des sonorités presque enjouées. On a parlé de hit de l’été dans notre titre, c’est vous dire l’ironie. Mais le piège est là, élégant, cruel. Ce calme n’est pas un répit. C’est le silence dont ils parlent, et ce silence, ne vous y trompez pas, n’a rien d’une absence. « Sket » n’est pas un morceau absent. « Sket » est une présence, une hadhra dans votre âme. Une posture face à la vie. Le morceau retient sa violence, la comprime, pour mieux la distiller plus tard, quand les guitares reviendront dans la seconde partie. L’espace libéré, c’est pour laisser passer autre chose, une spiritualité sans prêche, un regard contemplatif sur cette époque qui nous serre la gorge, en Tunisie comme partout ailleurs. Quelques larmes dans un océan de sécheresse, voilà ce qui suinte de ce quasi-tube.
Znous ne chantent pas l’espoir. Ils ne vous prennent pas par la main. Ils dressent un constat, debout au bord du précipice. « Nous nous tenons avec vous au bord du gouffre », écrivent-ils. Un monde bâti sur le batil, où l’humain est rabougri à une performance sous le marteau du capitalisme et l’enclume de la modernité occidentale. Une civilisation qui a convoqué une machine plus intelligente qu’elle et lui a confié le sens de la vie humaine, tout en fabriquant des armes d’extermination planétaire dont l’usage serait son dernier acte. Voilà le décor. Et au milieu, cette mélodie aigre-douce, ce « sket », ce silence habité. C’est le souffle entre deux effondrements. La bande-son d’une fin de monde qui danse encore un peu avant de s’éteindre.
Znous « Sket » :
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