Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !
Unicorn « Sweet Ride » // Australie
Cheveux gras et guitares qui sentent le whisky, Sweet Ride est ce qui arrive quand on met Jenna Hardie dans une pièce avec des riffs vicieux et une liste de gens qui l’ont prise pour une moins que rien. Le morceau ne supplie pas, il ordonne ! Un mantra en cuir et en sueur pour ceux qui ont trop souvent entendu « tu vas pas y arriver » en guise de petit-déjeuner. Les harmonies « doo wop » viennent caresser la joue avant que le mur de son ne vous explose les tympans, comme une vengeance organisée par le rock australien lui-même, et si vous n’avez pas envie de gueuler « let’s make it wild » en levant le poing devant votre miroir, c’est que vous êtes déjà mort à l’intérieur.
SP’s « Ripper » // USA
Dans le bruissement acide des guitares et la mécanique implacable de la rythmique, « Ripper » des SP’s ne raconte pas une rupture, il en ausculte les ruines avec une lucidité qui frise l’autopsie. Ce n’est pas le fracas, mais le bruit sourd et continu de ce qui se décomposait en silence, pendant que l’on croyait encore habiter une vie à deux. La chanson avance, portée par ce riff jangly qui doit autant au punk nerveux qu’à une certaine pop mélancolique, jusqu’à ce que le pont ne cède, laissant place à cette question sans réponse qui hante : pourquoi n’avoir rien dit ? Alors, la douleur, brute et sans fard, n’a d’autre choix que de tout déchirer.
Me & Munich « Wasteland » // Danemark
Il y a dans « Wasteland » ce qui fait les grandes fulgurances pop, cette manière qu’a la mélodie de s’élever sans prévenir, de charpenter l’émotion comme on dresse une verrière, et de laisser, dans son sillage, un vide habité. Me & Munich, en dignes héritiers d’une certaine new wave nordique, cisèle ici un rock qui n’a rien du compromis… il alterne la retenue des vers et l’urgence d’un refrain cathartique, comme si la vulnérabilité devenait enfin une arme. Là où d’autres noieraient le chaos dans le bruit, eux en extraient une élégance grave, une façon de dire que se protéger jusqu’à l’anesthésie revient à se perdre, et que la vraie force, peut-être, consiste à rester debout au cœur du fracas, le cœur grand ouvert, sans jamais céder à la facilité de l’indifférence.
Nice Boat « Sick » // USA
Un coup de batterie qui claque, une blague en off, une énorme, une monstrueuse ligne de basse, et voilà que « Sick » s’impose comme une évidence, tel un réflexe nerveux plus qu’une composition. Chez Nice Boat, on ne bâtit pas des cathédrales, on cisèle des éclats, ce titre, en deux minutes trois secondes, condense l’os et le nerf de leur garage californien, là où la basse vit et la voix titube avec une grâce nonchalante. Loin des étiquettes, ils préfèrent le geste viscéral au calcul, et ce morceau d’ouverture a l’insolence de ne pas s’éterniser, comme s’il savait que l’essentiel tient dans ce frisson qu’on n’a pas le temps d’épuiser.
Lord Fascinator x Spiral Drive REISE // Australie, Allemagne, Autriche
Signé d’une ironie douce et d’une science certaine du décalage, REISE se joue des transports comme d’autres des gammes. Né à Mannheim, berceau de la bagnole et de la bicyclette, ce projet en cinq gares magnétiques se fout éperdument du chronomètre pour mieux épouser la mécanique des rêves. Entre l’hypnose motorik de « Auto », ce voyage en salle d’attente sur bitume, et l’ivresse solaire de « Rad », où le mollet devient moteur et le paysage bande-son, Lord Fascinator et Spiral Drive distribuent des cartes pour géographies intérieures, sans jamais fixer le cap… parce qu’on ne possède vraiment une route qu’en s’y perdant, fenêtres ouvertes sur le vide qui bourdonne.
Aux Volta « Generic Gazelle » // UK
Avec la sortie du titre « Generic Gazelle », le mystérieux duo Aux Volta continue de nous emporter un peu plus loin dans des paysages électroniques mystérieux… un brin inquiétants, aussi, il faut bien l’avouer ! Un titre dont l’ambiance compte au moins autant que le beat, et qui, surtout, ne vient pas seul, puisqu’il est accompagné d’un clip… là encore, on pourrait dire à la fois captivant et un peu stressant… Alors, gardez les yeux bien ouverts, les oreilles aussi !
Koen Holtkamp « Slow Fox Run » // Pays-Bas, USA
Koen Holtkamp aura quitté Brooklyn pour les brumes du Hudson Valley, et l’on entend dans Slow Fox Run moins une fuite qu’une réorientation de l’écoute : les percussions de Greg Fox y dessinent un pouls retenu, presque suspensif, tandis que le souffle de Matt Bauder s’élève en spirales discret, comme une phrase qui cherche son chemin entre les branches. Derrière eux, Holtkamp tisse une toile de textures modélisées, cordes pincées d’une étrangeté organique qui doit autant au kora qu’à une certaine idée du jazz, le tout baigné dans une lumière crépusculaire où le silence n’est pas une absence mais un espace à part entière. Ce n’est pas un morceau qui avance, c’est un paysage qui s’installe, et l’on se surprend à y prêter l’oreille comme on retient son souffle devant une prairie au couchant.
Jordan Sand « Baby with the Sail » // Norvège
Jordan Sand n’a pas écrit une chanson, elle a ouvert une brèche. « Baby with the Sail » ne raconte rien, ou plutôt il raconte ce qui ne peut se dire qu’en se défaisant… une âme qui tangue entre deux mondes, une corde qui grince comme une porte qu’on n’aurait pas dû franchir. On y entend le souffle avant le mot, l’archet qui scie l’air jusqu’à ce que le silence lui-même se mette à saigner. Et dans cette étreinte dissonante, dans cette élégance crépusculaire, on peut aussi, si l’on tend bien l’oreille, penser à une Diamanda Galas, moins pour le cri que pour cette même capacité à transformer la douleur en liturgie. Sand ne chante pas la mort, elle l’habite, et elle le fait avec une grâce si têtue qu’on en oublie presque qu’il n’y a ici ni refrain ni pardon.
… n’attendez plus pour faire ce que vous voulez faire, et suivez-nous sur nos réseaux !
