Caçador de Horizontes, le Brésil dans la mire de Raphael Gimenes

Avec son Caçador de Horizontes, son quatrième album, le musicien brésilien Raphael Gimenes nous transporte en plein milieu d’une conversation subtile, où les cordes prennent toutes leurs places, celles des violons, des guitares, mais aussi vocales. Entrelacs raffinés, orchestration douce et bourdonnante, voix brésiliennes, voilà ce que l’on trouve dans la ligne de mire de ce nouvel album qui donne à voir, et surtout à entendre, une musique brésilienne rare.

Alors voilà. Un type, une guitare, et puis trente musiciens par-dessus. Ça aurait pu être le grand barnum, le disque pompeux, celui en trop. Mais non. Gimenes, lui, il creuse. Il s’élève, il approfondit, il plane… Il fait monter les cordes comme une fièvre lente. Un album double, conçu comme une traque. Caçador de Horizontes, chasseur d’horizons. Beau titre. Trompeur aussi. Parce qu’on ne chasse rien ici. On flotte. On se laisse prendre par les nappes, par ces violons qui s’accrochent aux guitares comme des lianes, par ces cuivres qui pointent le bout de leurs gueules dorées sans jamais en faire trop. C’est une musique qui sait se taire, parfois, qui sait exploser en une douce symphonie, aussi. Qui sait attendre.

Gimenes a traversé le continent américain. Ça s’entend. Pas comme un touriste, non. Comme un mec qui a pris des bus pourris, qui a traversé des nuits blanches et des gares, qui s’est confronté aux pluies tropicales comme aux soleils de plombs. Ce qu’il en ramène, ce n’est pas un carnet de voyage. C’est une géographie intérieure. Du Brésil, bien sûr, il y a cette ombre de Milton Nascimento, le Clube da Esquina qui rôde. Mais c’est une référence digérée, pas plaquée. Et par-dessus, une touche de classique, de neo classique comme dit aujourd’hui, des arrangements qui poussent comme des herbes folles mais tenues par une main verte et musicale.

La douceur, ici, n’est pas une faiblesse. Elle est une stratégie. Chaque couche s’ajoute à la précédente sans se marcher dessus. On écoute une chanson, on la croyait simple. Et puis on la réécoute, et on découvre une voix en fond, un roulement de peau, un souffle. C’est un disque qui ne se donne pas au premier passage. Il se mérite, oui.

Produit par Delacroix, Andres et Gimenes lui-même. Soutenu par le Danish Arts Foundation. Des musiciens de partout. Et pourtant, ça respire l’unité. Ça tient. Ça ne s’effondre jamais dans la joliesse ou la démonstration. Caçador de Horizontes n’est pas un album pour se réchauffer le cœur. C’est un album pour se sentir moins seul dans le froid. Et c’est bien plus précieux.

Raphael Gimenes Caçador de Horizontes :

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