Avec Massa, Fatoumata Diawara chante ses blessures silencieuses

Ce qu’il y a de bien chez Fatoumata Diawara… ce qu’il y a de bien aussi avec No Format!… c’est qu’on sait où l’on met les pieds, ou plutôt les oreilles. Pas de poudre aux yeux, pas de chichi ni de bling bling, pas de grande soupe “afro-fusion” destinée à rassurer les consciences européennes entre deux verres de vin nat’. Non. Avec eux, il y a généralement du travail, du souffle, et une certaine qualité, et même, disons le, une élégance certaine. Et Massa, le disque que la chanteuse malienne s’apprête à sortir, ne fait absolument pas exception.

Sobre, puissant, vibrant, élégant. Voilà comment résumer ce quatrième album studio. Oui, quatrième seulement. Parce que pendant que d’autres artistes sortent trois albums par an comme on rempli un caddie de supermarché un jour de disette, Fatoumata Diawara cultive, elle, une certaine forme de rareté. Bientôt trente ans de carrière à traverser les scènes du monde, les films, les créations collectives, les collaborations prestigieuses, et pourtant une discographie qui avance lentement, avec le calme de ceux qui savent la valeur de leur musique.

Et puis il y a cette voix. Une voix qui ne cherche pas à séduire à tout prix. Elle transporte autre chose, une histoire, de la dignité, parfois même une solitude sèche, celle des gens qui ont beaucoup vu et qui n’ont plus le temps de jouer à être aimés de tout le monde. Dans Massa, Fatoumata Diawara parle de maternité, de foi, de trahison, de jalousie familiale, du deuil de son père. Des thèmes lourds, mais traités sans misérabilisme de concours. Chez elle, la douleur ne devient jamais un décorum.

Musicalement, le disque continue d’élargir son territoire. Les racines wassoulou restent là, profondément plantées dans la terre rouge malienne, mais autour poussent des textures pop, des nappes plus modernes, quelques reflets électroniques, toujours tenus avec précision. On sent aussi la présence de -M-, compagnon de route depuis des années, dans cette volonté de faire respirer les morceaux sans les transformer en laboratoire bavard.

Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont Fatoumata Diawara parle de l’exil, de la mémoire et du déracinement sans tomber dans les lieux communs du discours sur “les racines”. Chez elle, le Mali n’est pas un concept, c’est une chaleur, une odeur, un manque physique presque animal. Cela traverse des morceaux comme « Djanne », où l’exil devient moins un slogan qu’une cicatrice discrète portée sous les vêtements.

Il faut aussi rappeler le parcours. La troupe de son père, les scènes de Royal de Luxe, les années à errer loin des siens, Kirikou et Karaba, la guitare encouragée par Rokia Traoré, les bars parisiens, puis cette ascension internationale jamais totalement coupée de l’intime. Même lorsqu’elle collabore avec Damon Albarn, Herbie Hancock ou -M-, Fatoumata Diawara garde quelque chose d’insaisissable. Une manière de rester debout, authentique, sans se transformer en produit culturel mondialisé prêt à consommer.

Fatoumata Diawara Massa :

Si vous avez apprécié le contenu de cet article sur « Massa », le dernier disque de la chanteuse malienne Fatoumata Diawara, n’hésitez pas à visiter, et à nous suivre sur nos réseaux et a y réagir, et pourquoi pas même nous encourager d’une petite mention « j’aime ».

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.