Comme la pochette du disque le montre, le groupe franco-colombien Aïtawa débarque sur ce nouveau disque Pasaje avec un bus à rallonge. Une sacré rallonge, et il fallait bien ça. Impossible de faire tenir autant de paysages dans une simple voiture de tourisme. Chez Aïtawa, les frontières musicales se froissent comme des tickets de voyage oubliés au fond d’une poche. On monte dedans et, très vite, impossible de savoir si l’on traverse encore les Andes ou déjà les rues moites de Barranquilla.
Emmené par la chanteuse colombienne Luisa Cáceres — passée par Cumbia y Cardon, The Bongo Hop ou plus récemment Pambelé — le groupe possède une mémoire. Oh, pas la mémoire académique qui enferment les traditions dans des vitrines de musée. Non. Une mémoire vivante, nerveuse, traversée de corps, de fatigue, de déracinement et de fête. Luisa Cáceres connaît ces musiques de l’intérieur. Cela s’entend immédiatement. La gaita ne sert pas ici à colorier un décor pour bobo en mal d’exotisme. Elle respire, elle mord, elle appelle.
Aïtawa sait jouer avec presque toutes les saveurs de la musique colombienne. Le groupe soulève des flûtes andines et les transporte vers la côte pacifique, s’entoure de chirimía et de gaïta, ondule sur des percussions venues du porro ou de la champeta, laisse les guitares glisser jusqu’à l’ivresse avant de les perdre dans des rebonds psychédéliques qui rappellent parfois les expériences tropicales des Meridian Brothers ou certaines échappées d’Abelardo Carbonó.
Et puis il y a cette façon de faire cohabiter la danse et le vertige. « Dime Que Tú Quieres » avance comme une déclaration retenue trop longtemps, avec cette tension étrange des fêtes populaires où tout le monde danse en ésperant que les corps en disent plus que les mots. « La Contra » ressemble presque à un rituel de protection contre l’époque actuelle, une époque qui transforme les êtres en chiffres, les douleurs en contenu et les guerres en notifications sur votre écran de téléphone.
Dans chaque alcôve de ce bus musical, on découvre ou on retrouve quelque chose, une fanfare porro, une ligne de basse qui évoque Kinshasa, une procession du Chocó, un Rhodes qui flotte comme un vieux rêve tropical enregistré sur cassette usée… et puis, surtout, on danse.
Alors il ne reste plus qu’à prendre son Pasaje, son billet, pour ce voyage déjà amorcé avec « Dime Que Tú Quieres » et « La Contra », avant l’arrivée complète du disque le 22 mai.
Aïtawa « Dime Que Tú Quieres » :
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