L’instant Vinyl : 84. “Lebäy” de Bereket Mengisteab

Bienvenue dans ce nouvel épisode de notre série « L’instant vinyle », cette rubrique dédiée aux pépites du passé, où nous dépoussiérons et partageons avec vous des disques de notre collection. Et pour ce quatre-vingt quatrième opus, nous quittons le Cameroun (cf. l’instant vinyle n° 83), pour nous rendre en Érythrée, et y découvrir le disque Lebäy de Bereket Mengisteab.

Aujourd’hui, notre instant vinyl ce n’est pas de la tarte, ni même une galette, et ça dans tous les sens du terme, car nous allons ici parler non pas d’un vinyl (même si cela fait mentir notre titre), mais d’une cassette du nom de Lebäy, une œuvre d’un des pères de la musique érythréenne, Bereket Mengisteab.

Pour Bereket Mengisteab, son histoire dans la musique commence dès son plus jeune âge. Né en 1938 dans un petit village au nord d’Asmara, qui à l’époque n’était pas encore la capitale de l’Érythrée, mais une ville d’Éthiopie, car si vous ne le saviez pas déjà, l’Érythrée est un état jeune qui a obtenu son indépendance de l’Éthiopie en 1993 seulement, après de longues années de lutte ; mais nous y reviendrons plus tard. Pour le moment le jeune Bereket s’initie, en Éthiopie donc, au rythme de la ruralité érythréenne, apprenant même à maitriser les cordes de la capricieuse lyre locale, le krar.

Dans les années 60, il part s’installer dans la capitale, non, pas Asmara, on vous l’a déjà dit, à l’époque ce n’était qu’une ancienne cité à l’architecture italienne, perchée dans les montagnes, mais à Addis-Abeba. Il y rejoint l’orchestre du Hailé Sélassié Theater, avec lequel il tournera pendant plusieurs années, dans tout le pays, mais aussi dans le monde entier ; tout en gérant avec sa femme un petit magasin de musique. Dans le courant des années 70, Bereket Mengisteab, fort de sa petite notoriété, quitte l’orchestre et entame une carrière solo, avec son groupe Megaleh Guayla (les échos de la danse). Et il rencontrera le succès aussi bien auprès des Éthiopiens, car il chante en tigrinya, que des Érythréens qui savourent dans ses chansons ses références codées à la lutte pour la libération de l’Érythrée.

Un sacerdoce auquel Bereket Mengisteab vouera sa vie, bien au-delà de la musique. En 1974, le musicien quitte la capitale pour regagner les montagnes de sa naissance et s’engager dans l’armée de libération de l’Érythrée. Dorénavant, il luttera avec le fusil, sur le terrain, et avec le krar dans des concerts donnés dans les camps militaires de l’armée secrète. Bereket a rapporté lui même la confidence d’un valeureux soldat qui clamait qu’il pouvait mourir heureux seulement s’il pouvait revoir les lumières d’Asmara, et entendre la musique de Bereket Mengisteab.

Mais le maquis à ses limites, fatigué par les combats et la vie clandestine, autant que par les dissensions internes aux différentes armées de libération de l’Érythrée, en 1979, Bereket Mengisteab prend ses distances avec le terrain et part s’exiler, comme beaucoup d’Érythréens alors, en Arabie Saoudite. Depuis sa résidence de Jeddah, il continuera la lutte par le biais de la musique, et des chansons patriotiques qu’il enregistre, et distribue via des disques, ou des cassettes, comme celle qui nous intéresse aujourd’hui, Lebäy, paru en 1984, chez Toteel Music, label dont nous n’avons pas réussi à retrouver d’autres traces mises à part cette cassette, dont nous vous proposons ci-dessous la jaquette originale. Par ailleurs, il est intéressant de préciser que sur celle-ci vous pouvez retrouver en tigrinya les différentes informations concernant le nom de l’artiste, le nom de l’opus, et la tracklist (que vous retrouverez ci-dessous dans un alphabet latin), mais aussi la mention vol. 5 (en alphabet latin, le signe qu’il s’agit du 5eme volume des 10 cassettes qu’il a enregistrées à Jeddah), et sur la tranche la transcription en arabe du nom du chanteur et du titre de la cassette.

Lorsque l’indépendance de l’Érythrée fut déclarée en 1993, Bereket Mengisteab fit une grande tournée dans tout le pays, avant de retourner s’occuper de son petit magasin de musique à Addis-Abeba. Pour finalement quitter la capitale éthiopienne en 1998, en même temps que le pays déclarait la guerre à la jeune Érythrée, et venir s’installer à Asmara, pour ouvrir… un magasin de musique !

Bereket Mengisteab – Leläy :

Tracklist :
A1. My Heart Or My Emotions
A2. Wind Of The Desert
A3. Handsome
A4. Wicked Flute
B1. Comb Of Ebony
B2. Restless Hyena
B3. His Horse
B4. Utter Darkness

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