Du rap underground au panafricanisme : rencontre avec SAJ

Franco-camerounais, le rappeur SAJ, est avant tout un pan-africaniste et humaniste convaincu, œuvrant pour l’éveil des consciences et la reconstruction d’une identités africaine forte. Des bas fonds du rap underground parisien avec son groupe Ghetto Christo, au première partie de X-Zibit, et, aujourd’hui, à la sortie de son premier album solo Afro-Spiritual (dont vous retrouverez deux clips en fin d’article), SAJ a parcouru du chemin ; et il a accepté de nous en parlé sur Djolo.net !!

 

Rencontre avec SAJ :

Djolo : Pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore est ce que tu pourrais te présenter en quelques mots ? Et nous parler de la signification de ton nom de scène SAJ ?

SAJ : Les lettres S.A.J représentent simplement mes initiales : S pour mon nom de famille (SECKE), A pour mon nom ‘’originel’’ ou ma fonction primordiale (Abdallah), J pour mon prénom (Janyl).

Je suis un auteur – compositeur, réalisateur et producteur d’audiovisuel, titulaire d’un Master en cinéma.

 

Djolo : Comment es-tu arrivé dans la musique ?

SAJ : La musique fait partie de la vie, étant de tout temps liée traditionnellement à différents évènements et pratiques rituelles, au sein des sociétés humaines. Depuis la nuit des temps, on célèbre en chant et/ou en musique les naissances, les baptêmes, les mariages, les enterrements et même les marches guerrières… J’ai donc grandi avec et je pense être un mélomane.

Plus jeune, j’étais sensible à la littérature/poésie et j’ai commencé à écrire des vers et des rimes entre 15 et 17 ans. Mais pour être plus précis, c’est à 20 ans que j’ai réellement commencé à écrire des textes de RAP.

 

Djolo : Peux-tu nous parler de ton lien avec l’Afrique ?

SAJ : Je suis d’origine camerounaise et de nationalité française, né en France et ayant grandi au Cameroun où j’ai passé la moitié de ma présente existence. Ceci dit, je me considère culturellement comme un panafricain résidant en France, pour le moment.

 

Djolo : Quel est ton univers musical ? Tes influences ?

SAJ : Mon univers musical va des musiques africaines (traditionnelles et modernes) à la musique classique occidentale, en passant par le Gospel, la Soul, le Blues, le Reggae, la chanson française et autres musiques de différents horizons. Mes influences découlent donc de cet univers multiple et varié.

En ce qui concerne le RAP, je suis un adepte de l’école du message et de la conscientisation ; « Do the knowledge ! », à l’instar des artistes U.S tels que Bones thugs N harmonie, Sunz of man, Gravediggaz, Killarmy, Dead Prez, Group – home, Tupac, Shabazz the disciple, Chief Kamachi…

 

Djolo : Tu as fait partie de Ghetto Christo, est-ce que tu peux nous en dire un mot ? Comment ça s’est fini (si ça s’est fini) ? Est-ce que ça peut reprendre ? Et qu’est ce que ça t’a apporté ?

SAJ : Ghetto Christo est une histoire d’amitié et de fraternité, qui a commencé au début des années 2000 et duré plus de dix ans. Ensemble, nous avons réalisé et produit un album sorti en 2010, intitulé Libère toi de l’enfer, qui devait être le premier tome d’une trilogie : Le Purgatoire

Étant donné que les membres d’une même famille peuvent avoir des visions, des ambitions et des motivations différentes, le destin a voulu que chacun de nous soit confronté à sa propre réalité et assume ses responsabilités personnelles.

Bien que nous n’ayons pas d’actualité commune depuis quelque temps, des liens demeurent et si Dieu veut, nous referons un album ensemble. D’autant plus que Master (un des piliers du groupe) est mon cousin et Djez (cofondateur et compositeur du groupe) un ami, un frère d’armes. Ce dernier a d’ailleurs coproduit, avec moi, la moitié des musiques de mon album.

L’expérience du groupe m’a beaucoup apporté sur le plan du partage, de l’échange constructif, de la solidarité, de l’émulation et du dépassement de soi.

 

Djolo : Sans vouloir te vieillir, tu es dans ta troisième décennie, est-ce que tu serais capable de choisir un son marquant pour illustrer chacune d’elle ?

SAJ : Tu ne me vieillis pas du tout et à contrario, je pense que c’est au seuil de la trentaine que l’homme entre dans la fleur de l’âge et acquiert le début de sa réelle maturité physique, intellectuelle et spirituelle, processus qui ne s’achève complètement qu’à partir de quarante ans (selon la tradition).

Bien qu’il soit impossible de résumer une décade en un seul morceau de musique, je me suis prêté au jeu en essayant de retenir quelques morceaux symboliques, pour chacune de mes décennies. Bien entendu, ces choix n’ont rien d’exclusif.

We are the world, Michael Jackson.

Wake up de Bones thugs et They schools de Dead Prez.

Nothing to smile de Morgan Heritage et Young Scholar de Chief Kamachi.

 

Djolo : Il y a quels titres dans ta playlist en ce moment ?

SAJ : Sincèrement, depuis que je prépare la sortie de mon album je n’écoute plus beaucoup de musique, sauf pour prendre la température de ce qui émerge ou me détendre cinq minutes sur un « classique ». J’ai récemment apprécié 187 de M.O.P et réécouté Don’t Haffi dread de Morgan Heritage.

 

Djolo : Quel est ton meilleur souvenir musical (concert, rencontre…) ?

SAJ : Musicalement parlant, la réalisation et l’enregistrement de mon album ont été des expériences particulièrement enrichissantes. En terme d’évènement, le plus marquant jusqu’ici fut la première partie d’X-Zibit, faite avec mon groupe Ghetto Christo en 2009 à Angers, même si je n’en garde pas un souvenir extraordinaire.

 

Djolo : Tu es de toute évidence un artiste engagé, d’ailleurs tu parles souvent de conscientisation, de revenir à un vrai « R.A.P » (Rythms And Politics) ; quels sont tes messages, tes engagements principaux ?

SAJ : Mon message tourne autour des cinq axes fondamentaux que sont la vérité, la justice, l’équité, la dignité et l’intégrité. J’œuvre pour l’éveil des consciences, la restauration de la culture (vertueuse) et la reconstruction de l’identité africaine, motrice du panafricanisme et matrice de l’humanisme authentique. Mon engagement est panafricain et humaniste, donc universel ; je milite pour la fraternité, le respect et la solidarité entre les peuples (libres), contre la dictature mondialiste qui tend à tout uniformiser, travestir et pervertir sous le règne « antéchristique » de l’argent…

 

Djolo : La France connaît des problèmes évidents, tant du point de vue économique que politique, avec la montée des radicalismes, l’éloignement, voire la corruption de ses élites politiques… quels sont tes inquiétudes et tes espérances pour la France ?

SAJ : Je n’ai plus beaucoup d’espoir pour la France, ni pour la civilisation occidentale en général qui, je pense, est arrivée au bout de son chemin. L’histoire et l’épopée humaine nous apprennent qu’après l’apogée vient le déclin et l’occident donc la France, se trouve dans cette dernière phase. D’autant plus que nous sommes probablement à la veille d’une guerre nucléaire entre l’OTAN et la Russie…

 

Djolo : De même, il se passe beaucoup de choses en Afrique : guerre en Cote d’Ivoire, montée sans précédent du terrorisme, au Mali, au Nigéria (et dans une moindre mesure au Cameroun), en Somalie… et des dirigeants endormis au pouvoir, parfois depuis des dizaines d’années, à l’exemple d’un Biya au Cameroun, ou d’un Kabila en RDC ; et en même temps, on vient de voir au Burkina une vraie street-revolution démocratique et populaire… quel est ton ressenti sur tout ça ?

SAJ : Si l’occident est à la fin d’un cycle, l’Afrique quant à elle est peut-être à l’aube de sa renaissance. Tout dépendra de l’orientation et des choix politiques, économiques, philosophiques/culturels que feront les forces vivent du continent ; L’équation est simple : suivrons-nous nos anciens « maîtres » dans leur chute, ou saurons-nous nous délier et nous affranchir avant qu’ils nous entrainent dans leurs abysses ?

Par ailleurs, tous les troubles et phénomènes dont tu parles procèdent des rapports d’aliénation, de domination et de manipulation qui prévalent toujours entre l’Afrique et les anciennes puissances (plutôt nuisances !) esclavagistes, coloniales, aujourd’hui néocoloniales et impériales…

Bien entendu, la responsabilité de cette situation incombe en partie à nos dirigeants ainsi qu’à nos populations ; L’enjeu est de décoloniser les esprits, afin que les Africains se réapproprient leur destin en se prenant en charge. Selon une parole prophétique, Dieu (gloire à Lui !) ne change pas l’état d’un peuple, tant que celui-ci ne change pas ce qu’il y a en lui même. En d’autres termes, réformons-nous, aidons-nous et le ciel nous aidera !

 

Djolo : Retour à la musique, on attend ton futur album Afro-Spiritual, dont tu nous as déjà dévoilé le clip de « It’s Not a Game » ; une date de sortie fixée ? Qu’est ce que tu peux nous dire dessus ?

SAJ : Le clip vidéo du deuxième extrait de l’album, Les Pendules à l’heure, vient d’être mis en ligne sur ma chaîne Youtube (SAJ le génie) et si Dieu veut, les prochains morceaux et clips vidéo sortiront entre février et avril 2015, jusqu’à la sortie effective de l’album prévue pour le printemps prochain.

Le concept Afro-Spiritual fait référence au « Negro-Spiritual » ; l’idée est de rappeler par la démonstration, l’essence, la fonction primordiale, la mission fondamentale du RAP. Comme je l’ai dit plus haut, ma démarche est de contribuer à la reconstruction et revivification de l’identité culturelle africaine, bien que mon discours s’adresse à l’ensemble de la communauté humaine.

 

Djolo : Des gens à remercier, à citer ?

SAJ : Avant tout, je rends grâce à Dieu Tout-Puissant de m’avoir permis de cheminer jusqu’ici et prie pour qu’il me donne la guidée et la force d’œuvrer encore pour longtemps. Ensuite, je remercie toute ma famille (mes parents, mes sœurs, ma femme, nos enfants…), ainsi que ceux et celles qui me soutiennent de prêt ou de loin. Un merci particulier à Djez (G.C) compagnon fidèle et Kotya (As’one Productions) ingénieur du son et chanteur exceptionnel, qui m’ont conseillé, soutenu et accompagné tout au long de la réalisation de mon album.

Si vous le permettez, j’aimerai aussi profiter de cette tribune pour passer la paix et un salut fraternel au vaillant et brillant frère panafricain Kemi Seba, qui œuvre courageusement pour la dignité des Afro-descendants (Kémites), dont je partage la cause et le combat.

 

Djolo : D’autres projets ? Ou concert en vue ?

SAJ : Pour l’instant, l’objectif est de mener à bien la diffusion et l’exposition du projet Afro-Spiritual, dont la promotion s’accompagnera de plusieurs autres clips vidéo. J’espère qu’un maximum de concerts suivra naturellement, des deux côtés de la méditerranée. D’ailleurs, je reste ouvert à toutes propositions allant dans ce sens…

 

Djolo : Quels conseils donnerais-tu au jeune, qui aujourd’hui, cherche à se lancer dans le rap ?

SAJ : En marge de l’industrie de l’Entertainment et du « Rap Game » plus précisément, le RAP authentique est une vocation, voire un sacerdoce, tout comme le réel engagement politique qui ne signifie pas la professionnalisation (carriériste) de la course aux privilèges, mais être au service de la communauté en participant à l’organisation efficiente de la société…

De ce fait, outre le talent nécessaire, le jeune qui veut se lancer dans ce domaine doit être conscient de son ambivalence, de son historique, des enjeux politico-économiques, culturels et métaphysiques qui en découlent, ainsi que des contraintes que ça implique comme toute discipline.

 

Djolo : Qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour l’avenir ?

SAJ : Que Dieu m’accorde la longévité, l’énergie et les moyens pour mener à bien ma mission, la réussite et le succès de ce premier album solo, ainsi que des prochains déjà en prévision.

 

Djolo : Merci de ton temps !

SAJ : Merci à vous pour l’attention que vous m’accordez et pour cet échange, intellectuellement constructif et enrichissant. Je tiens aussi à saluer et à féliciter toute votre équipe pour la qualité professionnelle, ainsi que le caractère édifiant de votre travail. Merci de relayer et à très bientôt j’espère, pour la suite.

Pour la citation, je dirai comme Tonton David : « Passe le message à ton voisin » !

 

“It’s Not a Game” – SAJ :

 

“Les Pendules à l’Heure” – SAJ :

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