C’était un 10 novembre, l’exécution de Ken Saro-Wiwa

« L’exploration pétrolière a transformé le pays ogoni en immense terrain vague. Les terres, les rivières et les ruisseaux sont en permanence entièrement pollués ; l’atmosphère est empoisonnée, chargée de vapeurs d’hydrocarbures, de méthane, d’oxydes de carbone et de suies rejetés par les torchères qui, depuis trente-trois ans, brûlent des gaz vingt-quatre heures sur vingt-quatre tout près des zones d’habitation. Le territoire ogoni a été dévasté par des pluies acides et des épanchements ou des jaillissements d’hydrocarbures. Le réseau d’oléoducs à haute pression qui quadrille les terres cultivées et les villages ogoni constitue une dangereuse menace. »

Ken Saro-Wiwa, s’adressant à l’Organisation des peuples et nations non représentés à Genève, en 1992.


C’est le 10 novembre 1995 que le brillant écrivain, producteur, et surtout militant écologiste, nigérian, Ken Saro-Wiwa fut exécuté, par pendaison, à Port Harcourt. Dans ses livres (Sozaboy, On a Darkling Plain…) il raconte la guerre civile que le Nigeria à connu, au crépuscule des années 60, mais ce qui lui vaudra les foudres du régime dictatoriale du général Sani Abacha, ainsi que celles de puissants hommes d’affaires occidentaux, c’est son engagement écologique et politique au coté du peuple Ogoni ; un peuple occupant un petit territoire, pétrolifère, au sud du Nigeria, près de Port Harcourt.

Dès 1990, le MOSOP (MOvement for the Survival of the Ogoni People), le mouvement crée entre autre, par Ken Saro-Wiwa, enregistre ses premières victoires face au conglomérat britannico-néerlandais Shell. Et puisque le capitalisme ne recule devant aucune ignominies, le géant pétrolier n’hésite pas à faire appel au sanguinaire Sani Abacha, pour réprimer ces gênants manifestants, pourtant pacifique ; s’en suivra 5 années de lutte sanglante, qui feront chez les ogonis plus de 2000 morts, quand à Ken Saro-Wiwa, il fera plusieurs séjours en prison, jusqu’à sa troisième arrestations en mai 1994, ou il fut condamné à mort par un tribunal spécial, la sentence fut exécuté l’année suivante, le 10 novembre.

Ken Saro-Wiwa a reçu, en 1994, le Prix Nobel Alternatif  « pour son courage exemplaire dans la lutte non violente pour les droits civils, économiques et environnementales de son peuple. » ; et il reste pour beaucoup de nigérians, de militants, d’écologiste, une référence. Son fils, lui même journaliste, déposera plainte contre Shell, pour complicité de meurtre ; la société s’en sortira, en payant 15.5 millions de dollars pour éviter le procès.

Le peuple Ogoni lui, est toujours dans un situation périlleuse, beaucoup ont été contraint de fuir au Bénin (plus de 100 000 personnes), et si sous la contrainte nationale et internationale, Shell à été un temps chassé de la région, et que le changement de régime au Nigeria, à fait cesser certaines tueries, la région reste toujours à la merci des groupes pétroliers (ENI, Total, AGIP, Shell à nouveau…), qui n’hésite plus a commettre eux même des exactions.

En ce jour d’anniversaire macabre, de Ken Saro-Wiwa, au delà de lui rendre un hommage mérité, il faut se rappeler que aujourd’hui encore, la vie de milliers de personnes, et notre environnement, sont en danger de mort, abandonné à la cupidité de notre économie capitaliste.

 

 

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