Le Chott el Jerid, en Tunisie, n’est pas qu’un lac salé. C’est une anomalie. Une étendue où l’eau a laissé sa place à son souvenir, au sel, à la réverbération. Un endroit où le blanc du ciel et celui du sol se confondent jusqu’à brouiller la ligne d’horizon. Là-bas, l’œil doute. L’esprit fabrique des mirages. La réalité se dédouble. Alors, non, ce n’est pas un hasard si le producteur tuniso-allemand Taroug a baptisé son nouvel album Chott.
Parce que sa musique fonctionne exactement comme ça, elle dérègle la perception.
Sur Chott, Taroug affronte ses origines sans folklore facile ni nostalgie sirupeuse. Il préfère la friction. Dix morceaux comme dix balises plantées dans le sel, entre minimalisme mélancolique et intensités plus brutes, presque telluriques. Les instruments traditionnels y croisent des textures électroniques contemporaines, sans hiérarchie. Le passé n’est pas décoratif, il est structurel.
Le morceau “1995” en est le cœur battant. Atmosphère lente, presque suspendue. Une voix fantomatique flotte au centre, entourée de strates qui se déploient avec patience. Pas de climax tapageur, Taroug construit par accumulation, par respiration. Il intègre des samples vocaux de membres de sa famille, et ces voix agissent comme des points d’ancrage se l’émotion. L’intime devient matière sonore. L’enfance tunisienne n’est pas racontée, elle est réactivée.
Ailleurs, “Saraab” (mirage) et “Sirocco” traduisent la chaleur et le vent en nappes vibrantes. Dans “Nakhla”, des enregistrements de palmiers transformés en mouvements répétitifs brouillent la frontière entre organique et mécanique. Comme une hallucination, on y entend presque l’expression des plantations du sud.
Chott est un disque conceptuel, oui. Mais surtout un disque habité. Taroug ne se contente pas d’évoquer un paysage, il en restitue la sensation thermique, la lumière aveuglante, l’instabilité. Comme sur le Chott tunisien, les repères se dissolvent. Les sons se confondent en une bande incertaine. Et dans cet espace flottant, l’identité cesse d’être un slogan pour devenir une vibration.
Taroug Chott :
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