Il y a, dans la carrière de FAVE, quelque chose d’une douce incurie. Une manière de flotter, de paraître sans jamais vraiment s’imposer, d’être partout sans jamais livrer l’œuvre totale. Depuis Baby Riddim, la Nigériane cultive l’art du marivaudage musical, collectionnant les featurings comme d’autres collectionnent les amants de passage, et distillant au compte-gouttes des projets qui ressemblent davantage à des promesses qu’à des accomplissements. RnBling, son quatrième EP, ne déroge pas à la règle. C’est un disque qui s’écoute comme on regarde la pluie tomber derrière une vitre embuée, agréablement, sans implication réelle, et avec la secrète certitude que l’orage passera sans laisser de traces.
L’EP s’ouvre sur « Body Talk », et d’emblée, la voix se fait complice. Cette voix, précisément, est le seul véritable argument de cette entreprise. Elle ondoie sur les log drums de l’amapiano avec une nonchalance étudiée, elle se love dans les violons comme on se love dans une robe de soie. La production de Dunnie, solide sans être transcendante, lui offre un écrin à sa mesure. Le morceau parle de réconciliation par le corps, de conflits désamorcés par la seule alchimie des peaux. Rien de neuf sous le soleil d’Afrique, mais une élégance dans l’exécution qui force le respect. Le coup de téléphone en plein milieu, ce clin d’œil appuyé aux R&B des années 1990, a quelque chose d’un mauvais film qu’on regarde avec une tendresse amusée, comme une madeleine mélancolique.
Sur « Miss You », FAVE invite Chike, et l’alchimie opère. Le duo se tisse, les voix se répondent, s’épousent, se frôlent avec la grâce de deux amants qui se cherchent dans une foule. Le kick un peu bancal qui écorne la production se fait oublier tant la performance vocale de l’invité est ciselée. C’est ici que RnBling touche à son point d’équilibre, une nostalgie maîtrisée, une émotion à fleur de peau qui ne sombre jamais dans le pathos. La fin du morceau, avec cette voix féminine qui s’évanouit au téléphone, est une pirouette qui frôle le cliché mais s’en sort grâce à une sincérité désarmante.
« Dance », troisième plage, est l’instant jouissif du disque. La rythmique, portée par les log drums et une guitare basse solitaire, a ce quelque chose d’inéluctable qui vous tire du fauteuil. FAVE y déploie une légèreté qu’on ne lui connaissait pas, et l’on se surprend à hocher la tête en sourdine. Le titre fera son chemin, dans les clubs, dans les playlists, dans les soirées où l’on ne veut penser à rien, rien d’autre que son corps, ses pas, et la basse qui fait vibrer le ventre. C’est sa vocation, et elle la remplit avec une honnêteté presque insolente.
« Drown », produit par les Allemands de 255, plonge dans des eaux plus sombres. La production, plus texturée, donne à la chanteuse l’espace nécessaire pour exprimer les affres d’une rupture consommée. Les percussions sèchent les larmes, les violons pleurent en sourdine, et FAVE se fait tragique avec une mesure salutaire. C’est peut-être le moment le plus réussi du disque, celui où l’artiste cesse de jouer pour être.
Paparazzi, en duo avec Yemi Alade, est un tube en puissance. La guitare espagnole, le reggaeton chaloupé, l’énergie animale de la Woman of Steel, tout concourt à faire de ce titre une parenthèse de glamour et de jouissance. Les harmonies des voix façon girls band, ce rappel des années 2000, ajoutent une couche de nostalgie maîtrisée. Yemi Alade y est féroce, FAVE y est lucide, et l’ensemble fonctionne à merveille.
Hélas, « La La La » vient clore le bal sur une note infâme. Ce refrain infantile, ces effets de panning maladroits, cette tentative de disco poussiéreux… on a peine à croire que la même artiste a pu valider ce gâchis. C’est une faute de goût, une véritable trahison envers l’auditeur qui s’est laissé prendre au jeu. Un EP qui se conclut par un baiser volé, puis un soufflet.
Alors, faut-il écouter RnBling ? Oui, pour cette voix, pour ces quelques fulgurances, pour ce déhanché délicieux sur « Dance ». Non, si l’on attend une déclaration, une prise de risque, un geste d’artiste. FAVE reste une musicienne de l’entre-deux, trop talentueuse pour se contenter de briller en featurings, trop à l’aise dans sa zone de confort pour oser le grand saut. Elle nous offre ici un disque qui se consomme comme un cocktail trop sucré, agréable en bouche, oublié le lendemain. En attendant, on se prend à rêver… que serait-elle, cette voix, si elle daignait vraiment s’affranchir ?
FAVE RnBling :
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