Lynox enduit de Love & Herbs son reggae très afro

Le reggae, dans sa version la plus épurée, n’a jamais eu besoin de tapage. Il s’infiltre, il oscille, il prend son temps. Love & Herbs le sait. Le premier EP solo de Lynox ne s’encombre pas des artifices qui noient les productions contemporaines. Il préfère les lignes de basse qui chevauchent le rythme avec une nonchalance calculée, des arrangements où chaque instrument trouve sa place sans bousculer son voisin. Et puis il y a ces saxophones, qui surgissent comme échappés d’un tube pop des années 80, un peu crémeux, un peu désuets, mais qui apportent cette touche de mélancolie inattendue. Ils ne sont pas là pour le décor, ils sont là pour rappeler que la soul, quand elle est bien amenée, peut traverser les décennies sans prendre une ride.

Ce disque est une oscillation. Pas celle d’un pendule mécanique, plutôt celle d’une barque qui se laisse bercer par la houle. Lynox, Nigérian de Birmingham, puise dans le reggae roots ce qu’il a de plus immémorial, une lenteur qui n’est pas mollesse, une répétition qui n’est pas ennui. Mais il ne s’y enferme pas. Les guitares skankent, les batteries glissent, et soudain une mélodie afro-dancehall vient déstabiliser l’édifice, apportant des couleurs que le reggae classique n’aurait pas osé convoquer. La fusion n’est pas plaquée, elle est digérée, assumée, maitrisée. On entend les racines caribéennes, bien sûr, mais aussi la chaleur des rythmes ouest-africains, cette façon de faire danser la caisse claire en contre-temps, cette manière de chanter…

Et la voix de Lynox, dans tout cela ? Elle ne cherche pas à en imposer. Elle se pose, presque en retrait, avec un timbre chaud mais non sirupeux, une articulation qui privilégie l’intelligibilité sans jamais tomber dans la déclamation. Il chante l’amour, la nature, la liberté, mais sans cette emphase qui plombe tant de projets prétendument spirituels. Sa voix est un instrument parmi d’autres, souvent en dialogue avec les saxophones, parfois en contrepoint de la ligne de basse. Elle n’essaie pas de dominer ; elle s’insinue !

Ce disque détonne dans le paysage afro-pop actuel, non par son originalité tapageuse, mais par sa sobriété assumée. Il laisse les arrangements respirer, les instruments s’exprimer sans se marcher sur les pieds. On pourrait y voir une forme de nostalgie, un retour aux productions organiques des années 90. Mais ce serait réducteur. Il y a ici une intelligence de l’agencement, une science du vide, qui rappelle que la musique n’a pas besoin d’être saturée pour être pleine. Alors on écoute, on se laisse porter par cette oscillation douce, par ces saxophones qui semblent venir d’une autre époque, par cette voix qui ne crie jamais mais qui finit par s’imprimer dans l’oreille.

Lynox Love & Herbs :

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