Here Because of Hope, le black album d’Ezra Collective

Non, ici, pas de marchands de sommeil et de cauchemars traités sur fond de guitares saturées (cf. au Black Album), mais plutôt de l’espoir, et c’est d’ailleurs pour cela que nous sommes là, pour célébrer la sortie de Here Because of Hope, le quatrième album studio d’Ezra Collective. Un album qui confirme plus que jamais la position de force du groupe anglais sur la scène jazz internationale, et sur les musiques noires. Puisque c’est de cela qu’il est question ici !

Ezra Collective prend le contre-pied d’une époque où le monde aurait plutôt tendance à se resserrer sur de petites identités étriquées, sur des carcans chauvins et tristes, et laisse exploser un souffle cuivré et joyeux, un souffle qui part d’Afrique, qui tourne autour des îles des Caraïbes, et qui finit dans les rues de Londres. Un souffle qui se nourrit de l’histoire des peuples noirs, de l’histoire de ses musiques. Un souffle qui est attisé par l’afrobeat de Fela, par sa verve tant rythmique que politique, un souffle qui se charge de dub, de calypso et de soul, qui comprend ce qui se cache derrière : l’exil, l’exploitation, l’ostracisation, l’humiliation… Un souffle qui s’engouffre dans les rues de Londres, dans ses usines et ses bars, comme avant lui tant de populations déplacées…

Un souffle qui aurait toutes les raisons de son amertume, mais qui préfère opposer à tous ceux qui aimeraient attiser les haines et les colères une joie politique, musicale et acérée, et un espoir inconditionnel en l’avenir.

La couleur de ce souffle ? Celle du jazz bien sûr, celle du jazz d’aujourd’hui, celui qui a quitté les salons et les caveaux guindés où il s’était un temps enfermé, pour reprendre le chemin de la rue, de la jeunesse, pour offrir une bande-son aux peuples qui luttent, à ceux qui souffrent, pour offrir un peu de joie et d’espoir… oui, l’essence même du jazz.

Here Because of Hope, il n’y a pas que les frères Koleoso, Joe Armon-Jones, James Mollison et Ife Ogunjobi, c’est-à-dire les membres d’Ezra Collective qui ont répondu à l’appel de l’espoir ; ils ont entraîné avec eux l’actrice guyano-britannique Letitia Wright, qui assure ici la narration d’un disque en trois aires géographiques, en trois spiritualités. Mais aussi une ribambelle d’artistes : Pa Salieu, le rappeur d’origine gambienne qui transforme l’amour en arme de résistance sur « Only Love » ; la chanteuse jamaïcaine Lila Iké très élégante quand elle marche dans les pas de Max Romeo sur « Well Organized » ; Leona Lewis, presque Sade-sque sur « All I Need » ; et la chanteuse camerounaise Libianca qui clôture l’album au plus haut, et surtout de manière très afro avec « Most High ».

Remède à la morosité ambiante, au racisme croissant, ne passez pas à côté de Here Because of Hope, le quatrième très bon album d’un groupe dont la réputation et le talent ne sont plus à prouver, Ezra Collective !

Ezra Collective Here Because of Hope :

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