Fight The Fire : le reggae nigérian digital et rebelle des années 80

Écoutez ça. Pendant que le monde entier continuait de vénérer l’ombre de Bob Marley, une poignée d’artistes nigérians, à la fin des années 80, a décidé de prendre le reggae, de le passer à la moulinette locale et d’en faire une arme. Pas une arme folklorique, non. Une arme tordue, parfois kitsch, souvent brillante. C’est exactement ce que capture la nouvelle compilation de Soundway Records : Fight The Fire: Digital Reggae, Conscious Roots and Dub in Nigeria 1986–91.

On connaissait déjà le Ghana, le Kenya, l’Asie de l’Est grâce à Soundway. Là, ils s’attaquent à un pan moins célébré de la discographie nigériane, cette scène reggae underground qui s’est développée pendant que Fela Kuti, de son côté, regardait le genre avec un certain mépris. Parce que oui, même le grand Fela trouvait que Marley lui volait un peu trop la lumière. mais ça n’a pas empêché le son de Trenchtown de s’infiltrer dans les studios de Lagos.

Ce qui frappe ici, c’est le culot. On parle de « digital reggae », et ça s’entend, boîtes à rythmes qui claquent, synthés parfois cheap mais toujours efficaces, basses élastiques, et des grooves qui n’hésitent pas à flirter avec le funk ou la soul. Pat Bio ouvre le bal avec « Guide Us Jah », presque mystique, congas caressées et voix qui appelle Jah comme on invoque un allié de combat. Alphonsus Idigo, lui, nous plonge dans un « Mystic World » lourd, avec ce piano solitaire et ces sirènes qui hurlent le danger. Orits Williki balance « Fight the Fire » avec des riffs synthétiques dignes d’un générique des années 80 et un message clair : il faut changer le système.

Le plus beau, c’est que cette compilation ne prétend pas être exhaustive. Elle ne nous ressert pas les grands noms habituels – Majek Fashek, Ras Kimono ou The Mandators – déjà bien documentés ailleurs. Non, elle creuse plus profond, elle sort des raretés, des morceaux excentriques, parfois expérimentaux, comme ce « Drunken Driver » qui ressemble à un film noir de minuit sous néons. On sent des artistes qui prennent le reggae non pas comme une religion figée, mais comme un point de départ pour inventer quelque chose qui leur ressemble.

Au final, Fight The Fire est un beau complément aux compilations déjà parues de Soundway sur le Nigeria. Une fenêtre sur une sous-culture où spiritualité rastafari, conscience politique et production 80’s se mélangent sans complexe. Et ça fait du bien d’entendre que, même sous la dictature militaire, même avec Fela qui fronçait les sourcils, le feu continuait de brûler, version rub-a-dub.

Fight The Fire: Digital Reggae, Conscious Roots and Dub in Nigeria 1986–91 :

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