Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !
Gooseberry D.B. Cooper // USA
Gooseberry ne résout pas l’énigme D.B. Cooper ; il s’en sert comme d’un miroir de poche, et habille le reflet qui en sort… de grosses guitares saturées et d’une ambiance un brin grungy. Sur cet EP, le trio de Brooklyn laisse le rock garder une apparence accueillante tandis que les mélodies boitent juste ce qu’il faut pour inquiéter, et que l’absurde vient déloger nos petites mises en scène intimes. Il y est moins question d’un braqueur disparu que de cette manie très contemporaine de se réécrire jusqu’à devenir un personnage crédible, puis de défendre ce rôle comme on défendrait sa vie. Acide sans cruauté, élégant sans pose, D.B. Cooper rit de nos légendes de secours et nous laisse avec ce malaise délicieux : et si nous n’étions, nous aussi, qu’un récit bien tenu ?
Alex Henry Foster « Calling Out! » // Canada
À l’heure où l’on somme chacun de déclarer ses couleurs avant qu’un autre ne lui colle l’uniforme de ses préjugés, « Calling Out! » d’Alex Henry Foster refuse superbement le ralliement ! C’est un mur de distorsions qui s’entrouvre sur une clairière. Extrait de The Fragile Beauty (Of New Morning Hopes), attendu le 23 octobre prochain, le morceau ne tranche pas le noir du blanc, il en crève la monochromie, sans jamais hausser le ton de la leçon. L’homme sait de quoi il parle, greffes cardiaques, mémoire en lambeaux, parole perdue puis reconquise, il en a réchappé de peu. Là où d’autres monnayeraient leur survie en confessions larmoyantes, il en fait une déflagration élégante, un appel qui ne réclame rien d’autre que le courage de se défaire.
Bajune Tobeta Sergio Mendes Tribute // Japon, Brésil
Le disque-hommage est souvent un musée de cire où l’on empaille les morts avec respect. Bajune Tobeta, lui, s’est rappelé son enfance tokyoïte, et, si l’on peut se permettre de paraphraser Youssoupha, les disques de son père, ceux de Sergio Mendes & Brasil ’66 qui tournaient en boucle sur la platine familiale. De cette mémoire intime, il en fait une cérémonie sobre et tendue, sans jamais confondre piété et pétrification. Il reprend les thèmes mythiques avec l’approbation de Gracinha Leporace, la veuve de Sergio, sollicite l’aide de toute une scène musicale soit brésilienne, soit qui a le coeur braqué sur le Japon, citons : Black Prez, Filo Machado, Lisa Ono… Quand aux trois instrumentaux signés Tobeta, « Abertura », « Entreato » et « Goodnight, Maestro », ils donnent à l’adieu une colonne vertébrale, ouverture percussive, battement suspendu, rêve final au piano. Sorti début septembre 2026, autour du deuxième anniversaire de la disparition de Mendes, Sergio Mendes Tribute ne ressuscite pas le maître ; il le reconduit, avec élégance, vers la platine familliale.
henry o henry’s Apocrypha // Irlande, USA
Apocrypha d’henry o henry’s sort ce 18 septembre chez Western Vinyl, et ce premier disque… comment dire, c’est une porte qu’on pousse dans une maison habitée depuis trente ans sans jamais en avoir les clés. Dublin dans la gorge, l’Amérique dans les os, une guitare à six dollars qui tient par miracle, des cordes qui se tordent, des amis, Emilie Rex, Callie Garnett, Eamon O’Leary, Ned Steves, Erik Hall… On y entend moins un musicien qu’un homme déposant là sa tendresse et sa colère, avec une élégance de survivant. C’est acide, charnel, jamais complaisant ; et ça laisse cette sensation étrange d’un texte apocryphe… peut-être pas vrai, mais trop nécessaire pour être écarté.
Bruno (HU) « Hypnotize » // Hongrie
Ne vous attendez pas à de grandes finesses avec le dernier titre du producteur hongrois Bruno (HU). Non, ici il nous assène un gros coup de techno qui tabasse : celle avec de longs couloirs de beats acérés, dans lesquels s’engouffre une basse aussi ronde et régulière que puissante, des synthés qui claquent comme des portes de warehouse, et cette violente ritournelle qui choisit de vous hypnotiser à force de répétition… D’ailleurs, ça tombe plutôt bien… Le nom du titre, c’est « Hypnotize », comme quoi Bruno tient toutes ses promesses. Un morceau qui mise sur une tension soutenue et une progression graduelle, sans breakdown excessif, avec des montées calculées où reverbs et delays élargissent le champ stéréo, faisant de la répétition un véritable outil d’absorption.
Nevaeh Dyson « I Chose to Go » // Canada
Entre folk de hobo, celle qui court les routes et les chemins de campagne, et une pop plus… Avril Lavigne-sque, la chanteuse canadienne Nevaeh Dyson dépose son dernier titre « I Chose to Go », premier mouvement d’un premier EP à venir en octobre.
Gavin Marengi « 13th Night » // USA
À dix-neuf ans, Gavin Marengi a déjà compris ce que d’autres mettent une vie à effleurer, le bonheur est une chose trop précieuse pour être possédée sans trembler. « 13th Night » n’est pas une chanson sur l’amour, c’est une chanson sur la frayeur d’aimer, cette terreur sourde qui s’infiltre dans les nuits d’été, quand tout est si doux qu’on attend le réveil comme une menace. Le prodige de la côte Est, signé chez Rough River Records, dépose là une ballade feutrée où la guitare se fait discrète et la voix rocailleuse, presque trop mûre pour son âge, charrie cette inquiétude élégante… et si tout cela n’était que provisoire ? Un premier pas d’une justesse rare, qui laisse deviner l’ampleur de ce qui vient.
Sova « Hymn for Slowing » // USA
Sova ne ralentit pas, elle exerce un droit de retrait. Sur « Hymn for Slowing », troisième pièce d’Alight!, Sophia Vastek laisse son piano se déposer comme une buée sur une vitre, puis Sam Torres vient y tracer un saxophone qui ne hausse jamais le ton, il déplace l’air, c’est tout. Un duo sans effusion, une intimité sans emphase ; la lenteur, ici, n’est pas une fuite, c’est une souveraineté. Et ce qui pourrait n’être qu’un joli cliché devient, le temps d’un morceau, une très élégante manière de fermer la porte au monde.
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