Et pendant ce temps dans le reste du monde #293

Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !

Omar Brighter The Days – The Remixes // UK

L’année, pour Omar, fut un long tunnel de lumière et de fatigue, entre les ovations américaines et cette exposition télévisuelle qui finit par user les os, et c’est dans ce contexte que surgit Brighter The Days en version remixée. Les faiseurs, Kenny Dope, Claussell, Spinna, ne transforment pas les chansons, ils les mettent à nu, ils en extraient le squelette rythmique avec une précision d’horloger, et ce qu’ils rendent à la lumière, c’est une mécanique d’une beauté froide et parfaitement inutile… et donc indispensable. Joe Claussell, sur « There’s Much Love », en propose deux variations qui ne sont pas des hommages, mais des autopsies, et les autres, Illa J, Super D & Maestro, suivent la pente avec une application qui force le respect. cet album est un peu comme un miroir tendu à une époque qui ne supporte la musique qu’en la dépouillant de sa chair, et c’est peut-être là, dans cette lucidité glaciale, que réside son élégance.

Drama Dolls « Salad » // USA

Alors comme ça on boude devant son assiette ? Drama Dolls débarquent avec « Salad » et nous balancent à la gueule l’hymne punk du libre-arbitre version drive-thru, un brûlot qui pue la friture et le ressentiment légitime contre toutes ces injonctions à bien faire, à bien manger, à bien être, putain mais foutez-leur la paix avec vos légumes verts, elles veulent du des pizzas et des frites et elles le hurlent à tue tête, parce que oui, ces trois meufs, Egg, Scrambles et Mama-T, transforment l’angoisse existentielle du régime en défouloir jouissif et sincèrement con, du pur punk qui te prend par les tripes et te rappelle que la rébellion, ça peut aussi se faire en bouffant de la merde !

Gooseberry « Go Fish » // USA

Gooseberry lâche « Go Fish », et ce n’est pas un simple coup de grunge entre Black Sabbath et Queen of the Stone Age, c’est une gifle sonore pour ceux qui croyaient encore que la trentaine se négocie. Le corps se souvient, la flamme se recolore, et la nostalgie, ce piège à cons fardé, nous ressert le plat réchauffé d’une jeunesse qu’on a pourtant passée à saccager. Les Brooklynites, avec leur sludge élégant, font de ce constat désabusé un riff qui traîne comme une mélancolie de luxe, annonçant un Simple Sucker aussi vicieux que salutaire, où l’on hurle avec une certaine grâce que le temps ne se mesure pas, ne se rattrape plus, il se distord, et qu’il n’y a finalement rien de plus littéraire… et de plus punk, que d’embrasser sa propre décrépitude à coups de fuzz.

Kyle T Hurley « Fight Me » // USA, UK

Alors, ce « Fight Me » de Kyle T Hurley. Un type qui a troqué les clubs de Los Angeles pour les caves de Camden, parce que visiblement, l’authenticité se niche désormais dans le brouillard londonien. Le morceau débarque en amont d’un album enregistré avec le producteur Jack Trouble, et l’ensemble visuel est signé Tony Kaye, ce réalisateur qui filmait la rage d’Edward Norton et les ombres de Johnny Cash. Autant dire qu’on n’est pas dans la mièvrerie acoustique. Musicalement, c’est un bloc. Du grunge qui suinte par les pores, une carcasse de blues et de country tordue par les années 90, et une voix qui charrie une espèce de gravier mélancolique, capable de passer du râle sourd à l’envolée sans prévenir, comme une gifle qui se transformerait en caresse. Ce n’est pas une chanson qui pose des questions, c’est une brique qu’on vous balance en pleine figure, une confrontation pure et dure, qui ne négocie pas, qui n’offre aucune porte de sortie, juste le plaisir malsain et évident de voir deux forces s’entrechoquer jusqu’à ce qu’il n’en reste que des cendres et des guitares saturées.

Sova « Heavy Shit » // USA, Pologne

Sous un titre qui fleure bon l’irrévérence, « Heavy Shit » se révèle pourtant d’une élégance rare, presque trompeuse, Sova y tisse un paysage sonore où le piano impose sa gravité mélodique, tandis que les cordes et les cuivres s’infiltrent en contrebande, comme des souvenirs qui refusent de quitter la pièce. La distorsion, elle, n’est pas là pour provoquer, mais pour râper le velours, ajouter cette tension qui empêche l’auditeur de s’endormir dans une beauté trop lisse. Car c’est bien là le tour de force de Sophia Vastek, faire monter une tempête sans jamais hausser le ton, en superposant des couches de saxophone, de violoncelle et de nappes électroniques qui s’embrasent lentement, jusqu’à ce que l’hypnose opère et que le morceau vous possède. Loin des manifestes bruyants, Sova préfère l’insidieux, le progressif, et ce « Heavy Shit » s’impose comme une confession à fleur de peau.

Alden Hellmuth Tether // USA

La saxophoniste new-yorkaise Alden Hellmuth a sortie chez LEITER, le label de Nils Frahm, son dernier disque, Tether. Lauréate du German Jazz Prize 2024 pour son premier album Good Intentions, Hellmuth revient avec huit titres où le jazz, le punk et l’improvisation libre se cognent comme des boules de flipper, et où le chaos n’est jamais qu’une promesse de retour au centre. Brûlot où son sax sévit aux côtés du batteur Justin Brown et d’une section de deux bassistes, Logan Kane et Miller Wrenn, qui transforment le groove en terrain vague. L’idée, chez Hellmuth, c’est que le lien entre les musiciens est la seule chose qui tienne vraiment, même quand tout s’emballe. Et ce fil, elle le tend jusqu’à nous.

Vansire « Rinkside » // USA

Vansire, c’est Josh Augustin et Sam Winemiller, deux types du Minnesota qui, depuis le lycée, fabriquent une pop indie qui a le mérite de ne pas s’écraser. Un truc modeste mais efficace, qui s’accroche aux espaces et aux humeurs sans jamais s’effacer dans le décor. Leur nouveau titre, « Rinkside », est une production qui enveloppe, des textures douces, une voix qui caresse sans forcer. Mais ne vous y trompez pas. Derrière cette apparente nonchalance, il y a une écriture qui tient, des arrangements qui respirent, une mélancolie qui refuse de sombrer dans la complaisance.

F/i. Invisible Men // USA

F/i. Invisible Men. Une cassette rare sortie dans les années 80 et aujourd’hui réédité en vinyl. Richard Franecki, Brian Wensing, Steve Zimmerman, trois silhouettes penchées sur un ARP 2600, une Korg Mono/Poly, une table de mixage Radio Shack et des parasites shortwave, la nuit, le magnéto qui tourne, la cassette qu’on refile ensuite à une poignée d’allumés interconnectés. C’est le chaînon manquant entre Throbbing Gristle et Spacemen 3, une sale élégance de drone et de friture qui moisissait dans les limbes de l’underground, totalement oubliée.

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