Et pendant ce temps dans le reste du monde #292

Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !

Sunken Cages « Drum and Flowers » & « Kerala » // Inde

Convoquez des grands tambours indiens, et immergez les dans un bain underground occidental un peu acide, et vous aurez une vague idée de ce qui se trame sur Neram Pularumbol (At Dawn), le futur album de percussionniste et producteur indien Sunken Cages, dont la sortie est prévu ce 7 aout prochain chez Mahorka Records. Oui des tambours et des percussions du sud de l’Inde qui frayent avec des synthés méchants, et des beats tordus… la recette est simple, certes, mais prometteuse, surtout au vu des deux premiers extraits du disque, « Drum and Flowers » et « Kerala ».

Electric High « Higher Heights » // Norvège

Une nouvelle ritournelle pour les amateurs de bruit bien lourd, et celle-ci, elle pèse son poids de plomb norvégien, c’est « Higher Heights », le dernier brûlot d’Electric High ! Et il ne faut pas chercher bien loin pour en trouver la racine. C’est du Sabbath, du vrai, du premier cru 1970, avec ce riff lourd qui vous prend aux tripes dès la première seconde, un son de guitare qui a directement pompé dans l’ampli de Tony Iommi. Du rock qui ne sauve rien, ne réchauffe rien, juste un bon coup de pelle sur la gueule, un extrait de leur album « Free to Go » qui ne promet pas la liberté, mais une descente aux enfers en bonne compagnie.

Valtteri Laurell & Ricky-Tick Big Band Visions of Dilla // Finlande

Alors là, vous n’êtes pas prêts ! Vous aimez J. Dilla ? Vous aimez le jazz… enfin, le gros jazz, celui qui débarque à plusieurs avec beaucoup d’emphase ? Sûr, vous allez aimer Visions of Dilla, le dernier projet du musicien finlandais Valtteri Laurell ! Avec son groupe, le Ricky-Tick Big Band (17 personnes au compteur, tout de même), ils réinterprètent et réarrangent, en jazz bien sûr, les mythiques titres du producteur de hip-hop J. Dilla. C’est brillant, clinquant même, parfois grandiloquent. Vous allez dodeliner de la tête comme sur une track hip-hop, vous allez dodeliner de la tête comme à un concert de jazz, peut-être même lâcher un petit son pour acclamer tel ou tel passage rythmique… Oui, vous n’êtes pas prêts !

Bjarke Falgren Turkis // Danemark

Écouter Turkis, c’est assister à un homme qui se fond dans son archet comme d’autres se noient dans un verre, sans esbroufe, sans ce faux-semblant de virtuosité qui pollue tant de disques. Bjarke Falgren, à 46 ans, n’a plus rien à prouver, et c’est là que ça devient intéressant, il laisse son violon de trois cents ans respirer, comme une bête qu’on aurait enfin cessé de brider. Le disque s’appelle Turkis, couleur d’horizon, de vieille Citroën et de liberté poussive, et ce n’est pas un hasard, tout est affaire de lâcher-prise ici, d’un souffle qui persiste même quand la note est morte. Le type raconte qu’il écoute, qu’il attend, qu’il suit le vent, et putain, on le croit, parce que ses mélodies avancent comme des promenades sans but, avec ce je-ne-sais-quoi de cinématographique qui vous colle à la peau sans jamais forcer. Pas de démonstration, pas de chaleur factice, juste des espaces, des silences qui pèsent leur poids, et des phrases qui esquissent des mondes comme on griffonne sur un coin de table. Un disque qui se vit comme un voyage au comptoir, amer et doux, où chaque note est une gifle élégante.

Mathieu Torres Sanctuaire // France

Avec son dernier album, le guitariste français Mathieu Torres nous invite dans son Sanctuaire… un endroit paisible, il est vrai, mais pas de tout repos pour autant ! Dans ce disque pourtant résolument jazz, on se sent un peu comme dans une ballade en forêt, ou mieux, à une observation ornithologique. À travers les branchages d’une batterie particulièrement piquante, il vous faudra être attentif, scruter les motifs de la guitare qui tourbillonne, s’enroule et se détend, observer le vol bondissant de la contrebasse passer sous les glycines ou surplomber le Ténéré. Et peut-être qu’à force d’observation, ou en tout cas d’écoute, vous apercevrez un peu de vous-même derrière les nuages de notes et de rythmes distillés par Torres et son trio.

Simon Bächinger « Liebe X (Version for Piano Solo) » // Suisse

C’est beau, c’est fragile, c’est tout en silence et en résonance, Simon Bächinger, avec son « Liebe X (Version For Piano Solo) », nous sert donc une petite méditation post-classique idéale pour une soirée à la bougie. On pense évidemment à Nils Frahm et Jóhann Jóhannsson, comme le veut le cahier des charges de tout compositeur néoclassique qui se respecte, mais avouons que le résultat flirte habilement avec cette tension entre minimalisme clinique et émotion à fleur de touche. Le piano y est un moteur, une mémoire, qui tourne en rond comme ce souvenir que tu te repasses en boucle à 3h du mat en te demandant si t’as bien fait de lui envoyer ce message. Simon sait où appuyer pour faire vibrer la corde sensible sans en faire des caisses, juste une petite larme bien placée sur un clavier qui pleure en slow motion.

Mira Meier « Chimera » // Suisse

Cette « Chimera » de Mira Meier, une douce variation presque chopin-esque, ne trompe personne. L’émotion ne s’achète pas au kilo, elle se distille, et la pianiste suisse le sait. Elle joue sur les contrastes, l’espoir et le chagrin, le calme et la tension. Des ambiances cinématographiques, des mélodies intimes, pour un résultat réfléchi, profondément humain. Mais ne vous y trompez pas : cette humanité-là est une chimère, une belle construction qui tient par la grâce de quelques notes, juste ce qu’il faut pour que la gueule du monde, un instant, paraisse moins laide. Voilà. C’est propre, c’est net, et ça vous laisse avec cette sensation étrange d’avoir été touché sans permission.

Uncle Giggling Through Our Blood-Stained Teeth // USA

Écouter ce disque, Giggling Through Our Blood-Stained Teeth de Uncle, c’est un peu comme se réveiller dans un sous-sol des années 90, la moquette encore imprégnée de l’odeur du menthol et des rêves d’adolescent. Uncle, ce duo de D.C. avec Dani Zessoules et Andy Valenti, ne vient pas caresser l’auditeur dans le sens du poil, non, il lui crache un chewing-gum usé dans le cou. Leur folk lo-fi, c’est cette friction de tous les jours, la chansonnette qui gratte, entre la gorgée de café brûlé au petit matin et la nausée d’une connerie qu’on a faite la veille. On a beau parler de nostalgie et de banlieue, y a rien de tendre là-dedans, c’est viscéral, c’est maladroit, mais nourri de douces harmonies.

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