Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !
Spiny Norman « Siwa » // Pays-Bas
Alors Spiny Norman débarque avec « Siwa », et faut pas s’attendre à un feu d’artifice de virtuosité façon conservatoire. Non. Là, on pose une basse bien grasse, quelques guitares qui planent, des bips qui tournent en rond, et une énergie tranchante. C’est chaud, circulaire, un peu psyché – un mashup entre krautrock, funk qui tache et techno minimale. Le truc avance sans jamais vraiment arriver nulle part, mais c’est justement là que ça devient jouissif… la répétition finit par vous bouffer le cerveau, gentiment, comme un road-trip dans le désert la nuit. Alors oui, ça veut pas vous sauver la vie, mais pour une écoute en apnée à 2h du mat’, « Siwa » c’est votre oasis.
Aux Volta « Ouroboros » // UK, Taïwan, Thailande
Aux Volta balance « Ouroboros », un second single qui tourne en boucle avec une agressivité joyeusement dérangée. Imagine un labo où un scientifique un peu tordu aurait décidé de mettre des sentiments dans une machine à glitch, ça pulse, ça part en vrille, ça se bouffe la queue comme le serpent mythologique ! Et pendant ce temps-là, l’artiste vénézuélien Carlos Eduardo Rodríguez (aka CER) colle des visuels en 3D dignes d’un graffiti abstrait qui aurait bouffé des acides. Le tout est né de règles absurdes (tirages de dés, prompts algorithmiques, contraintes débiles) parce que les deux zigotos croient dur comme fer que le chaos calculé, c’est le meilleur moyen de virer l’ego du processus. Résultat : un morceau qui ressemble à une expérience de science avec des sentiments – imprévisible, digital jusqu’à l’os, et franchement jouissif si on accepte de se faire secouer les neurones.
Tim Gambles « Through The Sound » // Australie
Tim Gambles débarque avec « Through The Sound », et putain ça envoie ! Le mec est remonté comme un coucou australien ! En ligne de mire ? Le bordel planétaire, l’écologie, les grosses corporations qui font n’importe quoi, et nous autres pauvres cons qui culpabilisons devant nos pailles en carton. Alors plutôt que de pondre une énième ballade déconstruite, il balance un rock puissant enregistré live en une prise au MONA d’Hobart – oui, une prise, et ça s’entend, ça suinte l’urgence, les guitares qui frottent, la batterie qui crépite, une basse qui vous laboure le sternum.
Sirocco « Werk » // Pays-Bas
Ça débarque comme une tempête musicale, un vent rythmique qui emporte tout sur son passage, cuivres, percussions, guitares. Ce souffle chaud, c’est celui du Sirocco, non, pas le vent, mais le groupe qui va vous faire transpirer avec son dernier titre « Werk ». Un morceau qui, en tout point, semble calibré comme un classique de l’afrobeat… à la seule différence que quand la tempête des instruments se calme pour laisser place à la voix, ce n’est ni du yoruba ni de l’igbo qui vient claquer dans vos oreilles, mais… du néerlandais, bordel.
The Huntress and Holder of Hands « Beasts We Are » // USA
Alors The Huntress and Holder of Hands, c’est le phénix qui a poussé sur les cendres de Brown Bird après la mort de Dave Lamb, et MorganEve Swain a transformé son deuil en un truc qui claque sans être nunuche. Dix ans après leur premier album, les voilà de retour avec « Babylon » et le single « Beasts We Are », une petite merveille qui commence dans la dentelle folk avant de monter crescendo jusqu’à vous exploser aux oreilles. Guitares électriques, violon, violoncelle, batterie signée par son cousin Matt Swain, tout le monde est là pour parler de fantômes, de planète en PLS, de responsabilités collectives et de saloperies qu’on se raconte pour tenir. Le morceau ne donne pas de solution magique, il vous balance son humanité dans les dents et vous dit, débrouille-toi avec !
Ghosts on TV Iridescent // Finlande
Ghosts on TV, c’es six potes d’Helsinki qui font du post-rock avec une allure folle. Ils reviennent avec un troisième album, Iridescent, et faut avouer que le disque a quelques talents dans ses sillons. Fini le délire d’un titre unique de trente minutes façon « I Am Not Dead, I Am 55 Today », là, ils envoient sept morceaux qui naviguent entre art-rock pop, shoegaze un brin lézardé et murs de guitares bien câlines. Le truc est mélancolique, brumeux, mais jamais chiant… ça gratte, ça souffle, avec une production qui transforme chaque couche de distorsion en couverture chauffante. Ossi Björn vient poser sa voix éthérée par-dessus, pendant que la section rythmique fait son taf avec précision et rigueur. Bref, Iridescent c’est l’album de la maturité pour ces fantômes télévisuels ! Moins post-rock de marathonien, plus pop tordue, et tellement plus jouissif !
Alex Henry Foster « From The City To The Ocean » // Canada
Alex Henry Foster, ex-frontman de Your Favorite Enemies et touche-à-tout professionnel (auteur, entrepreneur, défenseur des droits humains, hôtelier à Tanger – bref, le genre à ne pas rester en place), ressort aujourd’hui un vieux morceau de 2014, « From The City To The Ocean », en trois versions différentes sur un EP. La chanson originale avait été nommée aux Juno Awards et certifiée disque d’or, donc bon, c’est pas non plus du fond de tiroir. Inspiré par Baudelaire (« Homme libre, toujours tu chériras la mer ») et par une noyade presque vécue étant gosse, Foster tisse un parallèle entre la ville étouffante et l’océan dévorant. Deux endroits où l’on vient crever asphyxié, en somme. Le EP balance d’abord une version studio propre de quatre minutes et demie, puis une répète live façon « Upper Room Rehearsal » et enfin un enregistrement public à Bocholt, Belgique.
Mick Eddy « About You » & « Come Over » // USA
Mick Eddy, ce type qui a grandi un peu partout sauf chez ses parents (République tchèque, Malaisie, Émirats, Thaïlande, USA, Pays-Bas…), a des choses à dire. Et il commence à le faire avec « Come Over » et « About You », deux premiers extraits de son album à venir Strange Weather. « Come Over » vous colle une ambiance entre groove velouté et guitares texturées, idéale pour traîner sa nostalgie en nocturne sans sombrer dans le tire-larme. « About You », plus introspectif, laisse respirer l’espace et la voix, comme un Frank Ocean qui aurait troqué la mélancolie contre un peu de chaleur.
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