Qui aurait pu prédire… qui aurait pu voir venir la Sioule, petite rivière tranquille d’Auvergne, qui aurait pu dire qu’elle allait sortir de son lit, jusqu’à aller lécher les voûtes plantaires de l’afrofunk ouest-africain, jusqu’à jeter un coup d’œil sous les kilts écossais, jusqu’à lorgner sur les grooves de la Nouvelle-Orléans… oui, qui aurait pu prédire ?!
Bon… ok… cette première phrase ne semble pas faire sens… on vous le concède. Mais c’est pourtant là le pari d’un groupe auvergnat qui a décidé de voir sa rivière éponyme, la Sioule, couler en grand, et d’allier (presque le département) les rythmes et les mélodies de leur terroir – oui, celles qu’on regarde en France d’un coin de l’œil un brin méprisant – avec les musiques qui les font vibrer, celles qu’on retrouve dans leurs discothèques, habitées de funk et de disco venus des quatre coins du monde.
C’est ainsi qu’on se retrouve avec sur les bras ce disque métis, Migransà, dont on ne sait pas trop quoi faire, enfin qu’on ne sait pas trop où ranger, puisque quoi en faire, on sait ! On peut l’écouter, le réécouter à loisir, et danser dessus ! Un disque qui aligne des violons qui pourraient presque embrasser le disco d’un “Get Lucky” ; un disque qui remet la bourrée… oui, oui, la bourrée, au goût du jour ; un disque qui fait dialoguer des accordéons bavards avec des guitares qui claquent sèchement la cadence de l’afrobeat à Fela ; un disque qui visite des polkas psychédéliques sur lesquelles on n’avait pas prévu de se trémousser, et pourtant, on y vient irrésistiblement.
Et plus que le métissage, et peut-être même plus que la musique elle-même, il y a cette volonté farouche de Sioule de montrer que même la plus petite rivière est nourrie par plus d’un affluent, que la tradition s’abreuve à beaucoup de sources avant de devenir “la tradition”, et que, même installée dans ce statut, elle ne reste pas figée dans un paysage ou dans un souvenir. Elle continue, même si ça peut déplaire à certains, à se nourrir de toutes les influences, de tous les rythmes, et de toutes les idées qui la traversent et la côtoient. C’est dans cette optique qu’il faut aborder ce Migransà de Sioule, un opus qui dessine les contours d’une France nouvelle, sans vouloir paraphraser personne, qui se réconcilie avec ses traditions rurales, ici, celles du Massif central, et qui reste ouverte aux vents qui la traversent, et qui parfois même s’y attardent avec une grâce inattendue. Sioule nous offre un voyage vibrant où chaque note semble dire que la beauté de la musique, comme celle de l’eau, est de savoir constamment changer de lit sans jamais oublier sa source.
Sioule Migransà :
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