Ireke débarque avec Ayô Dele, un nouveau disque qui rayonne de mille saveurs. Bien sûr on y retrouve le doux bain afrobeat du groupe, le jeu des guitares et des claviers, les lignes de basses rondes et claquantes, la batterie fine, précise, hypnotique et tranchante. Mais on sent aussi toutes les influences des musiciens du groupe. Celles qui viennent d’Afrique, celles qui viennent du jazz, celles qui viennent de la funk, celles qui viennent des Caraïbes. Rien n’est plaqué, tout respire dans les interstices, là où la parole se fraie un chemin entre l’ombre et la lumière, entre le désordre du monde et l’élan têtu d’être encore là.
Et pour nous guider dans ce disque qui danse entre les mondes, le groupe laisse ses deux chanteuses, à tour de rôle, comme dans un grand jeu métronomique, nous pointer ce qu’il faut regarder, ce qu’il faut écouter dans chacune des onze chansons qui constituent le disque. Si on disait que tout les oppose, ce serait excessif, et pourtant Agnès Hélène et Nayel Hoxo ont chacune leur voix bien distincte au chapitre d’Ayô Dele. D’un côté Agnès Hélène, aérienne, légère, fraîche, ondule entre le jazz et la pop, joue avec les mots sans jamais les caresser trop longtemps. De l’autre Nayel Hoxo percute le disque avec une voix plus tellurique, qui se nourrit du funk, de l’afrofunk même. Faut dire que la chanteuse bénino-nigériane a de qui tenir, fille d’Adolphe Yelouassi, membre du Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou, elle a d’abord débarqué sur nos ondes en s’illustrant aux côtés du très efficace groupe BIM, Bénin International Music. Elle apporte cette force en yoruba, cette parole d’élévation qui ne demande rien mais qui reste.
Seule interruption dans ce jeu de deux, dans cette balance vocale qui crée le fil rouge du disque, c’est la venue d’Olivya, la chanteuse de Dowdelin, qui pose sa voix sur un titre funky et, forcément, créole. Elle va presque taquiner le RnB à l’ancienne, avec cette douceur qui élève sans ramollir le groove. Le reste du temps, le duo Julien Gervaix et Damien Tesson tient la baraque en arrière-plan : beatmakers multi-instrumentistes passés par l’afrobeat, le dub, le funk, la soul, le reggae roots et les musiques électroniques. Ils considèrent le studio comme un terrain de jeu, et ça s’entend. Basses bondissantes ou rondes, cuivres chauds, guitares texturées, rhodes enveloppants, clavinet qui glisse et appuie là où il faut. Tout s’agence avec exigence et souplesse, sans effet inutile, sans solo qui pisse dans le vent.
Ayô Dele, « la joie vient à moi » en yoruba, n’est ni un slogan ni un miracle promis. C’est un souffle. Un groove hybride qui parle au corps sans jamais faire le beau, qui unit sans forcer le cercle. Un album plus mature que Tropikadelic, plus féminin aussi, plus ouvert aux langues et aux failles. On y danse, on y réfléchit, on y respire un peu mieux dans ce printemps qui traîne.
Ireke Ayô Dele :
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