Balti, la bonne poire du rap tunisien?

Non ! Que les fans hardcore du plus célèbre des rappeurs tunisiens contemporains calment leurs ardeurs, malgré l’insolence de ce titre à l’interrogatif, nous n’avons pas l’intention ici de nous en prendre à l’enfant chéri du rap tounsi, au contraire même nous allons en faire l’éloge. Car Balti a entamé depuis quelques années un virage vers la qualité, cherchant, et réussissant, à faire oublier les fréquents travers des rappeurs d’aujourd’hui que sont, leurs ego trip trop sérieux, et leur manque d’engagement social ou politique, pourtant au cœur même de cet art du mot et du rythme, tout autant que ses propres erreurs de jeunesse, qui on fait dire de lui que c’était un artiste un peu trop propre, et surtout un peu trop proche du pouvoir de Zine el-Abidine Ben Ali.

L’année dernière, sa carrière a même connu une étape presque inattendue avec le titre « Ya Lili » en featuring avec le tout jeune Hamouda, une chanson contre les violences faites aux enfants, qui a propulsé le rappeur tunisien au sommet des charts arabes, faisant presque 500 millions de vues sur YouTube. Fort de ce succès, Balti continue d’explorer de nouvelle piste dans son art. Et nous voilà arrivées à la bonne poire !

« Bouhéli », un mot de Tunisien que l’on pourrait traduire par la bonne poire, le naïf, celui qui fait tout comme il faut, mais qui pourtant fini par se faire avoir, et c’est le nom du dernier titre de Balti. Pendant près de 4 minutes 30, Balti nous plonge dans une ambiance suspendue aux vapeurs alcoolisé de la Celtia (bière tunisienne de référence) et au temps qui passe, emportant dans son sillon les promesses et les espoirs, une grande fête sans fin où se noie les déceptions et les rendez-vous ratés au son d’une instrumentale qui ferait danser Stromae (ou peut-être est-ce Stromae qui nous a déjà fait danser dessus).

Dans le clip de « Bouhéli », le célèbre acteur tunisien Mohammed Grayaa vient prêter main-forte à Balti, et délivre une magistrale interprétation de la bonne poire, qui voit le monde couler à flots devant lui,tandis que lui coule dans sa bouteille.

Peut-être faut-il voir aussi dans cette chanson une métaphore d’un peuple tunisien qui, bien qu’il ait jeté la bouteille de la dictature, est encore accoudé au comptoir du bar, relégué au rôle de figurant de son propre destin, à noyer sa déception, sa misère grandissante, et ses faux espoirs, dans une triste ivresse, pendant que le monde avance, et que les ombres des monstres d’antan se redressent un peu partout.

 

Balti – “Bouhéli” :

 

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