Ambiance d’Hammamet : Diego El Cigala, l’indestructible

Ce soir le Festival International de Hammamet nous offre une soirée d’exception où vont se croiser salsa, rythmes afro-cubain, et flamenco : le concert de Diego El Cigala !

22h le public, comme la délégation de l’ambassade d’Espagne, assise dans les premiers rangs, frémit d’impatience dans le grand amphithéâtre juxtaposant la baie, noire à cette heure. Les minutes passent lentement, mais les musiciens sont toujours absents.

Quelques minutes plus tard, alors que Diego El Cigala se fait toujours attendre, un petit chat roux s’invite sur scène, l’air un peu surpris de croiser les regards d’autant de gens. Peu de temps après, le petit minet se retrouve face à face avec un groupe d’hommes marchant en ligne, mené par un impressionnant gaillard en chemise blanche. Il déguerpit. Il faut dire que l’homme à la chemise blanche, avec ses plusieurs dizaines de kilos en excédent, et sa tête biscornue, a de quoi imposer ! Mais le mastodonte humain, loin de se soucier du félin, gagne tranquillement le petit banc, quoiqu’en comparaison à sa taille il ne devait pas être si petit, disposé devant le piano, à la gauche de la scène.

Les autres hommes du groupe, de tailles beaucoup plus normales, voire même petites, se placent sur scène ; trois s’installent derrière les plexiglas protégeant la section rythmique, deux, un chauve à la peau claire, et un rasta aux faux airs de Yannick Noah efféminé, viennent se glisser derrière les tambours de cette cabine percussive, tandis que sur le devant droit de la scène, laissant soigneusement un fauteuil et un micro libre au centre, deux choristes, et un tromboniste, qui officiera en fait plus comme chef d’orchestre que comme instrumentiste, prennent position.

Et sous les clameurs générales, la musique commence. Pas de fioritures en l’absence du maestro, le son est net, afro-cubain, et dansant à souhait. Puis, sous les acclamations, Diego El Cigala fait son entrée. Costume noir, chemise blanche, cheveux longs et ondulés, bouc et moustache faussement ébouriffés, les mains alourdies par un bon nombre de bagues et de bracelet en or, le maître du flamenco contemporain est bel et bien là, sur la scène de Hammamet.

Ce personnage, complètement habité, électrise le public. Mettant en scène l’émotion de sa voix éraillée et singulière, Diego maîtrise à merveille le moindre aspect de sa dramaturgie, et, l’air espiègle, se livre à tout un tas de petits jeux entre ses tours de chants. Certains complètement maîtrisés, comme lorsqu’il va récupérer le brin de jasmins que lui tendait une femme qui s’agitait dans le public, en s’époumonant « Diego, Diego » ou encore « Te Quiero », de son plus bel accent tunisien, ou encore lorsqu’il va emprunter la cigarette d’un homme assis au premier rang. D’autres, eux, semblent nettement moins maîtrisé, comme, lorsqu’il triture ses mains nerveusement, puis qu’il tend cette main fébrile vers le verre de tequila sunrise que son staff prend le soin de remplir aussi consciencieusement que régulièrement, qu’il y plonge les doigts, avant d’arroser machinalement le sol de trois gouttes, puis de se signer le front, et enfin de boire.

Le concert continue. Le son est sublime tant techniquement qu’artistiquement. Les chansons afro-cubaines s’enchaînent, lui s’absente quelques minutes en loges, l’orchestre continue inlassablement son œuvre. Puis c’est au tour de l’orchestre de regagner les loges, laissant le maître seul avec son pianiste.

Cuba s’efface, et laisse place à un moment plus espagnol, plus mélancolique aussi, ou dans la sobriété d’un échange entre piano et voix, cette dernière prend une ampleur plus importante que jusqu’alors. Le public tressaille autant aux ponctuations vocales intenses de Diego El Cigala, que lorsqu’il reconnaît, dès les premières notes, telles ou telles chansons qu’il affectionne.

Puis les musiciens regagnent leurs rangs, et Cuba revient. Le public encore un peu assommé par la beauté de ce spectacle dans le spectacle, semble revenir à lui, la foule se relève, les quelques couples de danseurs, parfois trop appliqués — probablement des membres d’un quelconque club de salsa tunisien — reprennent leurs langoureux cirques, tandis que les acclamations viennent signaler le fait que l’on est amené un nouveau cocktail au maestro.

La fin du concert approchant, les musiciens soucieux de laisser leur signature, se livrent tour à tour a des solos virtuoses sous le regard plus qu’amusé d’un Diego el Cigala tout sourire ; les deux percussionnistes se livreront d’ailleurs à une battle de haute voltige, tant rythmiquement que scéniquement.

Le concert est fini. Le public transi ovationne les musiciens, saluant sous les jets de jasmins. Petit à petit, tout un chacun commence à se frayer un chemin vers la sortie où, dans l’attente de recueillir les impressions à chaud des spectateurs, patientent les journalistes des radios et télévisions nationales.

 

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