Ambiance d’Hammamet : Chaleur et tempête avec Beth Hart

Plusieurs heures avant le début du concert, le public, plutôt jeune, s’amassait déjà devant les grilles du centre culturel de Hammamet, dans la chaleur presque tropicale qui s’est abattue depuis quelques jours sur la petite cité balnéaire. Une de ces chaleurs moites et statiques, où l’air humide, secoué d’aucun vent, d’aucune brise, pèse tant sur les paysages que sur les corps.

Celle que tout le monde attend c’est Beth Hart, une chanteuse américaine de blues rock, dont la voix capable des plus belles harmonies, comme des ergotements les plus rocailleux, semble pouvoir se complaire aussi bien dans le plus glauque des tripots américains, que, et ce pour notre plus grand plaisir, sur la prestigieuse scène du festival international de Hammamet !

Un peu après 22h, alors que les speakers se relayent en arabe, en français et en anglais, pour annoncer le programme, les musiciens commencent à faire leurs entrées dans l’ombre et la chaleur, mais tout de même sous les ovations. Semblant descendre directement de sa Harley Davidson, un guitariste à l’air de biker et à la longue barbe s’approche du stand, où deux Gibson couleurs bois et sunburn attendent patiemment, suivi de près par un long bassiste aux faux airs de Bono, tandis qu’un imposant et charismatique batteur noir, à la bouche soulignée par un fin trait de moustache, s’installe tranquillement derrière ses fûts.

Et alors que la moiteur dense de l’air se voit transpercer de quelques aiguilles d’eau qui viennent prendre une teinte d’or, en fusant dans la lumière des projecteurs, la voix de Beth Hart se fait entendre, provoquant un frisson dans le public qui cherche toujours son idole des yeux. C’est par le milieu des gradins que la chanteuse fait son apparition, micro à la main, et entouré du staff technique et administratif du centre, reconverti en garde du corps de fortune pour l’occasion.

Se frayant un chemin, tant bien que mal, au travers du public transi, voire même hystérique, Beth Hart arrive finalement sur scène. Avec son jean moulant, son débardeur de sport gris, et ses deux couettes émergeant de part et d’autre d’une casquette de trucker américain, elle a un air de Barbie camionneuse. Les quelques gouttes un peu lourdes qui viennent s’écraser sur le béton chaud, autant que sur les corps, commencent à prendre de l’ampleur, et à se transformer en une véritable pluie d’été, chose plutôt rare dans un pays en stress hydrique où l’eau est plus que jamais une denrée rare. Mais si la pluie est un bienfait pour les terres, et le public qui y trouve une occasion inespérée de se rafraîchir, le staff technique lui ne voit pas la chose du même œil. Un balai de technicien commence à courir entre les musiciens qui envoient inlassablement riffs de guitare électrique, et rythmes blues rock lancinant, pour tenter de mettre, tant bien que mal, le matériel et les instruments à l’abri.

Voilà quinze minutes que la chanteuse américaine joue sous une pluie qui devient battante, et les choses semblent aller de mal en pis. Un vent chaud venant des terres, traverse l’amphithéâtre, il glisse le long des marches, viens lécher nos nuques avec son souffle brûlant. À tel point que l’on se sent pris en étau entre ce sirocco bouillant, et le feu scénique qu’allument Beth Hart et ses acolytes sur la scène. À ce chaos climatique vient s’ajouter un air marin plus froid, qui vient se jeter lui aussi dans l’arène, laissant craindre le pire pour le reste de la soirée.

D’ailleurs, le moment fatidique arrive inévitablement, Beth Hart, face à la mine affolée de tout le service technique, n’a pas d’autre solution que d’arrêter le show. Le public, bouillonnant dans tout les sens du terme, reste stoïque face à la nouvelle, et attend patiemment qu’un répit climatique puisse permettre au spectacle de reprendre. Les minutes sous la pluie passent lentement, les enceintes sous leur protection en plastique de fortune, diffusent le dernier disque de la chanteuse.

Quinze minutes passent. Mais les prières des fans semblent porter leurs fruits, la pluie cesse, la chaleur humide reprend sa paisible et pénible emprise sur les corps tandis que le groupe remonte sur scène, et essuie les instruments mouillés sous les acclamations du public. Le spectacle peut vraiment commencer !

Les chansons se succèdent, c’est un moment d’Amérique qui s’installe sur la scène du festival international d’Hammamet. Tantôt blues rock, tantôt country ou folk, Beth Hart enchaîne ses titres, devant un public plus que conquis, qui n’hésite pas à entonner en chœur la quasi-totalité du répertoire de l’artiste. Il est d’ailleurs fort probable que la chanteuse ne se doutait pas d’avoir une telle notoriété en Afrique du Nord, et elle ne manque pas d’ailleurs de ponctuer le show de nombreuse déclaration d’amour au public tunisien : « vous allez me faire pleurer », « oh my god », « vous êtes génial », « you’re fucking amazing », ou encore de s’écrier, de manière plus drôle, « what is this flower, this is the best flower I have fucking ever smell » en ramassant un brin de jasmin jeté par un fan, et avant dans l’enfouir dans sa poitrine.

Ce n’est pas que le jasmin d’ailleurs qui s’est retrouvé enfoui dans sa poitrine ce soir-là ; alors que deux jeunes filles ayant réussi à monter sur la scène, aller se faire refouler par la sécurité, Beth Hart a quitté son piano pour aller les prendre dans ses bras, sous les regards attendris et envieux des autres fans. Mais ces derniers ne sont pas en reste, le show de l’artiste américaine a été à la hauteur de son public : chaud et généreux !

 

 

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