Quel curieux album que ce everyone I love is sleeping and I love them so so much de Yara Asmar ! Rien que le titre est déjà un souffle, un frisson, une confession chuchotée à minuit. Une fois de plus, l’artiste et tisseuse de sons libanaise tricote des paysages sonores qui tiennent à la fois du rêve, du cauchemar et du souvenir. Entre Alfred, minuscule ville de l’État de New York, et Beyrouth, sa ville-mère aux artères cabossées, Yara récolte des bruits, des silences, des soupirs. Elle en fait des morceaux qui vibrent comme des fantômes, des chansons qui respirent à votre place quand le monde vous étouffe.
Ici, pas de beat à quatre temps, pas de structure rassurante : juste un enchevêtrement de cliquetis, de grésillements, de cordes qui pleurent et de pianos qui tirent vers le jouet. Elle en extrait une musique fragile, fébrile, qui donne l’impression d’être toujours sur le point de se briser — mais qui ne le fait jamais. Sur des instruments bricolés, des boîtes à musique disséquées, des pianos d’enfants réincarnés, Yara compose comme on recoud une plaie : lentement, amoureusement, maladroitement. Chaque son devient un geste de survie, chaque souffle un souvenir qu’elle refuse de laisser mourir.
Dans cet album, les oiseaux morts de Beyrouth trouvent leur écho dans les vents froids de l’État de New York. Les voix familiales, captées sur de vieilles bandes, côtoient les sifflements mécaniques d’un monde qui tourne trop vite. On passe du chagrin au réconfort, de la nostalgie à une étrange tendresse futuriste. Comme si, au milieu du fracas du réel, Yara Asmar parvenait à inventer un autre espace — une chambre flottante, faite de réverbérations et de lumière.
everyone I love is sleeping and I love them so so much n’est pas un album : c’est une veille. Une insomnie partagée. Une tentative obstinée de réparer le monde avec des bribes de sons et d’amour. Et dans le silence qui suit, on se surprend à l’aimer, nous aussi, “so so much”.
Yara Asmar everyone I love is sleeping and I love them so so much :
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