Sideshow, le rappeur originaire du Tigray et pépite discrète du catalogue du label 10k, vient de sortir un album… monumental ! Tigray Funk, 32 titres, presque une heure de musique. Monumental, ouais… par la taille surtout, mais pas seulement ! Parce que franchement, on a vu des disques américains trois fois plus courts qui se la jouent épiques alors qu’ils sont juste surproduits et aseptisés à mort. Là, c’est l’inverse. Sideshow arrive avec un flow précis mais fatigué, la voix qui traîne comme s’il venait de se réveiller d’une sieste trop longue, et il balance tout, il se dévoile, dévoile aussi les marques de piqûres sur ses avants bras, parle de sa vulnérabilité, de ses addictions, de ses fantômes. Il parle des génocides, celui de Gaza, celui du Tigray, sa région natale en Éthiopie… peut être un jour son pays natal. Et ça, sans jamais jouer la carte de la victime larmoyante. Il raconte, point. Brutal.
Et le plus beau, c’est que ce truc monumental reste minimaliste à en devenir presque hostile. On est loin des grosses productions lustrées. On dirait une vieille mixtape sortie tout droit de Compton ou un infame album venu du Queens à l’époque où personne n’avait encore peur de sonner sale… ou plutot n’avait pas d’autre choix que de sonner sale ! Sauf qu’ici les prods sont un brin plus modernes. Il y a des mélodies tigréennes fantomatiques qui tournent en boucle jusqu’à l’ivresse, des voix échantillonnées qui reviennent vous hanter, des moments qui planent, d’autres qui flirtent avec la plugg sans jamais tomber dedans. On passe d’un beat qui ressemble à du matériel audio jeté pèle mêle dans le mixeur à un groove qui vous colle aux tripes.
Y a même un morceau qui ouvre sur une discussion autour de l’héroïne et du jazz, genre « est-ce que ça rendait les mecs plus créatifs ? » et la réponse qui tombe : « La concentration d’un accro à l’héro est très forte. » Sideshow se place direct dans la lignée d’un Charlie Parker, avec qui, dit il, il aurait probablement partagé des seringues si le temps les avait réunis. Il parle de lean, de violence, de sexe, de tout ce qui le tient debout et le détruit en même temps. Et pourtant, rien n’est jamais complaisant. Il reste froid, lucide, presque détaché. Comme un mec qui en a trop vu et qui sait que la seule façon de continuer, c’est de tout cracher sur le micro sans jamais hausser la voix.
Bref, Tigray Funk, c’est pas un album de plus. C’est un document. Un truc qui vous regarde droit dans les yeux et qui vous force à soutenir le regard. Si vous cherchez du rap propre et motivant, passez votre chemin. Si vous voulez du vrai, du sale, du vivant… là, vous êtes servis.
Sideshow Tigray Funk :
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