Off The Earth, l’imprévisible retour de Shabaka

Si vous avez un tant soit peu suivi la scène jazz internationale ces dernières années, vous avez forcément croisé la route de Shabaka Hutchings. Impossible de faire autrement. Le type surgit partout, vous attrape par le col, vous secoue, puis disparaît sans prévenir. Anglais originaire de la Barbade, Shabaka est sans aucun doute l’un des musiciens les plus brillants et les plus frustrants de sa génération.

Il nous a d’abord cueillis avec la tempête afro-jazz de Sons of Kemet. Une claque politique, rythmique, physique. À peine le temps de comprendre ce qui nous tombait dessus que le projet était déjà plié. Ensuite, il nous a aspirés dans les vortex psychédéliques et cosmiques de The Comet Is Coming. Jazz mutant, rave astrale, science-fiction noire. On commençait tout juste à lever les yeux vers le ciel que la comète se désintégrait dans le brouillard anglais. Pas grave, nous disait-on, Shabaka était déjà ailleurs, à nous attraper par les chevilles avec Shabaka & The Ancestors. Encore un autre monde, encore une autre intensité.

Voilà le genre de garçon qu’est Shabaka. Il faut le suivre, le perdre, le retrouver, s’accrocher, et surtout ne jamais lui demander de rester en place.

Et puis en 2024, contre toute attente — ou peut-être pas — il annonce tranquillement raccrocher le saxophone. Fin du jazz. Rideau. Il se concentre désormais sur… la flûte japonaise. Pas pour faire joli sur un disque de jazz, non. Pour livrer un album méditatif, entièrement pensé autour de cet instrument. Perceive Its Beauty, Acknowledge Its Grace sonnait comme un retrait spirituel, presque une disparition volontaire.

Sauf que la mort s’invite dans l’histoire. L’été dernier, son mentor, le batteur sud-africain Louis Moholo, disparaît. Pour lui rendre hommage lors d’un concert mémoriel, Shabaka décroche à nouveau son saxophone. Et le jazz. Une dernière fois. De cette résurgence, presque accidentelle, naît Off The Earth.

Fin de chronique.

Bon… pas tout à fait.

Sur ce nouveau disque, attendu début mars sur son propre label, Shabaka Records, le musicien convoque tout, oui, tout ! Le saxophone, la flûte, les beats bricolés sur la route, les chœurs, les séquences électroniques, et même sa propre voix. Comme D’Angelo sur Brown Sugar — premier CD acheté par le jeune Shabaka, et autre fantôme planant sur l’album — il fait tout lui-même, composition, arrangements, interprétation, production, mixage.

Off The Earth est un album hanté. Par le jazz qu’il a mis en pause. Par Louis Moholo. Par D’Angelo, disparu lui aussi à la fin de l’année dernière. Mais surtout par cette idée obsédante de liberté créative. Des morceaux comme « A Future Untold » étirent un spiritual jazz futuriste, pendant que « Marwa The Mountain » ressuscite une transe rythmique brute, presque physique. Shabaka y rappe même, poussé par l’audace d’un André 3000, avec qui il a collaboré il n’y a pas si longtemps.

Voilà ce qu’est Off The Earth, un disque total, libre, sans garde-fou.

Shabaka Off The Earth :

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