Sorti presque sans un bruit, Darkness, My Old Friend de la chanteuse sud-africaine Naledi appartient à cette catégorie de disques discrets qui méritent qu’on s’y attarde sérieusement. Un EP qui s’écoute d’une traite, dans le silence, avec l’attention qu’il exige.
Soutenu par une voix grave, presque ténébreuse, mystique serait plus juste, l’opus fait la part belle à un jazz vocal en apparence classique. En apparence seulement. Car Naledi ne se contente pas de réciter ses gammes. Elle travaille les lisières, installe une atmosphère, puis touche terre là où on ne l’attend pas. Son jazz va boire à plusieurs sources, soul, RnB, textures expérimentales, et élans spirituels.
Dès l’introduction, elle ose une reprise assourdissante des “Sounds of Silence” — ici déclinés au pluriel — de Simon & Garfunkel. Un choix audacieux, presque insolent. Là où d’autres caresseraient le morceau dans le sens du poil, Naledi l’embrasse frontalement, l’alourdit, l’habite, en fait une matière dense, plus qu’une chanson. Puis viennent les nuances plus suaves, jusqu’à “Alien”, qui brille autant par son empreinte RnB que par un solo de kora inattendu, rare dans le jazz sud-africain contemporain. Le geste n’est pas décoratif. Il dit quelque chose. Une filiation. Une mémoire.
Et puis surgit “A Joyous Time of Year (Christmas Time)”. Noël, après l’heure ? Peut-être. Mais ici, il ne s’agit pas de guirlandes. Naledi y explore la solitude d’un premier Noël aux États-Unis, loin du soleil sud-africain, loin des baignades estivales et des voix familiales. Elle pose une distinction essentielle entre la solitude subie et l’isolement choisi. La mélancolie comme poids, ou comme espace de transformation.
Enfin, “Meadows” clôt le disque dans une spirale à la fois belle et tourmentée. « Ke bophelo bofeng boo re bo phelang ? » demande-t-elle. Quelle vie menons-nous, au juste ? La question résonne comme une prière. Les ancêtres sont invoqués tandis que la musique, luxuriante et texturée, l’enveloppe. Ici, le jazz devient méditation, presque révolution.
Naledi ne court pas après les tendances. Elle construit un monde. Et dans un paysage saturé de bruit, ce monde-là mérite d’être écouté dans l’ombre.
Naledi Darkness, my old friend :
Si vous avez apprécié le contenu de cet article sur « Darkness my old friend », le dernier EP de la chanteuse sud-africaine Naledi, n’hésitez pas à visiter, et à nous suivre sur nos réseaux et a y réagir, et pourquoi pas même nous encourager d’une petite mention « j’aime ».
